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Publié le 21/07/2011

Edouard Brasey - Des fées, des elfes et des faits

Edouard Brasey - Des fées, des elfes et des faits

Edouard Brasey, romancier, anthologiste et conteur, est un spécialiste renommé des littératures de l'Imaginaire. Il y a consacré une cinquantaine d'ouvrages.

À travers ''L'Univers Féerique Tome 1'' (Éditions Flammarion), il nous entraîne dans le monde fascinant des fées : leurs histoires, leurs sociétés, leurs mœurs, leurs légendes, leurs secrets... Leur univers reste flou et mystérieux : pas de traces ici et des traces quelque part... 

Le nom de fée  viendrait du latin ''fatum'' signifiant ''destin''.

Mêlées aux croyances du christianisme, survivances de la mythologie latine, celtique et germanique, elles ont influencé la destinée des hommes. Ces dames enchanteresses se mêlent à nos existences, troublent nos attitudes et bouleversent nos certitudes.

Les fées existent mais ne sont-elles que des personnages de légendes ou le miroir idéalisé de nos rêves et de nos aspirations...

Quelle est l'origine des fées et du mythe qui les entourent ?

Edouard Brasey : Les faits remontent à l’Antiquité romaine, où on les nommait fata. Elles étaient les déesses du destin. Cette idée de destinée se retrouve dans la figure de la fée marraine, qui comble de vœux les nouveaux-nés.

La fée est également la druidesse celtique, la grande prêtresse dotée de pouvoirs magiques.

Elle est enfin la belle dame incarnant l’amour courtois au Moyen Age, dans les récits de Chrétien de Troyes par exemple. Vous voyez que l'on est loin de la fée Clochette de Walt Disney ou des fées infantiles…

Où vivaient-elles ? 

Edouard Brasey : Les récits anciens font vivre les fées dans les forêts sauvages, près des fontaines et des rivières, et également dans des îles enchantées, comme celle d’Avalon, présidée par la fée Morgane.

Les fées sont en tout cas liées à l’eau, qui est l’un des attributs de leur féminité.

Quelles sont les différences entre les fées et les elfes ?

Edouard Brasey : Les fées sont féminines, les elfes masculins, tout au moins en terme générique, car Tolkien parle bien d’elfes femelles dans Le Seigneur des anneaux.

Les elfes par ailleurs ont des sources germaniques, où ils incarnent des divinités du sol, de même qu’en Irlande.

Les fées, elles, appartiennent plutôt au terroir celtique. Il existe également des différences concernant leurs actions, mais ils appartiennent tous deux au même cercle de « créatures de lumières », par opposition à des êtres plus redoutables ou énigmatiques comme les nains ou les dragons.

Pourquoi autant de légendes, d'histoires, de contes, de propos et de folklore entourent ces personnages ?

Edouard Brasey : Ce répertoire est en effet très riche, notamment dans la culture celtique et anglo-saxonne. L’Irlande, l’Écosse, le Pays de Galles, l’Angleterre ou la Bretagne armoricaine sont des lieux où la culture féerique a été préservée, encore aujourd'hui, ce qui n’est pas le cas des pays latins.

La légende a toujours un fondement réel, authentique, historique, qui a ensuite été magnifié par l’imaginaire. Les Légendes féeriques doivent répondre au même processus.

Je ne pense pas que les mystères se résument à des fantasmes ou des spéculations humaines. Il y a un mystère des fées, que nous comprendrons peut-être un jour…

 Y a-t-il des légendes qui vous ont plus marqué ?

Edouard Brasey : La légende de la fée Viviane, initiée par Merlin en forêt de Brocéliande.

Par amour, Merlin a accepté d’enseigner à Viviane, comment l’enfermer dans une prison d’air. Depuis, on dit qu’ils sont restés ensemble, quelque part dans la forêt magique. J’aime cette histoire…

Quelle est la nature profonde de tous ces êtres, imaginaires ou non ?

Edouard Brasey : Ils ne sont pas humains, même s’ils ressemblent à des humains. Ils n’ont donc pas notre notion morale du bien et du mal, et peuvent se comporter de manière fantaisiste ou capricieuse. Ils échappent à nos notions habituelles.

Les fées en réalité ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles sont les deux. Encore une fois, n’étant pas humaines, elles ont des réactions à elles, souvent déconcertantes. Si l’on manque de respect à une fée, même sans le vouloir, elle se venge, et devient alors une « mauvaise fée », une sorcière…

Edouard Brasey auteur de ''L'Univers Féerique Tome 1'' (Éditions Flammarion), , La Grande Bible des Fées (Éditions le Pré aux Clercs), etc.

Les fées ne sont-elles pas apparentées à un certain symbolisme ?

Edouard Brasey : Si, bien sûr ! Si la fée est la femme idéale, que l’on risque de perdre si l’on manque à la parole qu’on lui a donnée, la sirène est la femme privée de sa fécondité. Elle ne peut enfanter avec une queue de- poisson.

Les géants symbolisent la force brutale et souvent bête, les nains les forces obscures des souterrains, mais ils sont aussi les gardiens des trésors cachés (trésors spirituels cachés au fond de chacun d’entre nous), etc.

Ces êtres fascinants avaient déjà les honneurs des Celtes, des Grecs, des Romains ? Ont-elles conquis d'autres peuples et d'autres pays ?

Edouard Brasey : On les trouve aussi en Scandinavie, dans les pays germaniques, en Espagne, en Italie, en Grèce.

Dans les cultures extra-européennes aussi, mais avec d’autres appellations.

Certaines régions de France ont-elles plus prisé l'existence des fées ?

Edouard Brasey : La Bretagne est sans doute la région la plus riche en légendes de fées, mais elles existent dans toutes les régions de France.

En Provence, la fée Esterelle a donné son nom au massif éponyme. C’était une fée dévouée à la fécondité. La fée Mélusine est également associée aux familles nobles du Poitou.

On leur donne les surnoms de Bonnes Marraines, Dames Blanches, Noires ou Vertes, les Bienveillantes, les Bonnes et Franches Pucelles, les Fileuses de Destin, les lavandières de Nuit etc...

Pourquoi autant de noms ?

Edouard Brasey : Les Anciens évitaient de les nommer pour éviter de les fâcher.

Ces noms étaient surtout destinés à se concilier leurs faveurs, et à ne pas les appeler par leur vrai nom, car les Anciens pensaient qu’elles cherchaient à préserver leur anonymat ! Ceci pour les termes bienveillants, en tout cas.

Quant aux lavandières de nuit, il s’agit plutôt de sorcières, qui lavent leur linge ensanglanté dans le lavoir…

Elles font partie du Petit Peuple que l'on nomme les Bons Voisins, la Petite Noblesse, le Peuple de la Paix ou les Habitants de la Colline ?

Edouard Brasey : Le monde des fées est une monarchie avec sa cour, ses titres, ses barons, comme sous l’Ancien Régime !

Les êtres féeriques font partie de l'imaginaire de nos ancêtres, mais on les retrouve aussi dans notre époque moderne et dans quels contextes ?

Edouard Brasey : Dans mes livres, j’ai surtout cherché à faire revivre l’origine mythologique des fées. Mais il est évident que les fées sont de toutes les époques.

Aujourd’hui, elles seraient plutôt les gardiennes de la nature, car elles sont associées à la terre, aux fleurs…

La fée est aussi une figure du merveilleux, du miracle, du « tout possible », de la grâce que l’on peut par instants ressentir dans la vie, au milieu des épreuves.

Comme certains, croyez-vous à l'existence des fées ou bien y aurait-il une autre explication ? Y a-t-il eu des témoignages sur ce point ? Certains ont réalisé des photographies, preuve de leur existence ? Que pensez-vous de tout cela ?

Edouard Brasey : J’ai moi-même rencontré un chercheur, un ethnobotaniste, qui a pris en photo une fée dans un bourgeon de marronnier.

Sir Arthur Conan Doyle a écrit un livre sur l’existence des fées en publiant les photos des « petites fées de Cottingley », qui se sont pour la plupart en tout cas avérées être des faux.

Si les fées existent, je ne suis pas sûr qu’elles se laissent prendre en photo aussi facilement…

''Faire alliance avec la fée, c'est faire alliance avec la vie, avec la magie de la vie et l'amour infini qu'elle contient. C'est croire en la providence, faire confiance en sa chance, accorder foi aux coïncidences et aux rencontres heureuses, qui se produisent toujours au bon moment. C'est croire aux forces de l'esprit qui animent la matière. Les fées au vu de ces propos auraient un effet positif sur les humains en leur permettant tout simplement de croire en la vie et à la faculté de la rendre plus heureuse.

Outre ''L'Univers Féerique Tome 1'' (Éditions Flammarion), Edouard Brasey est également l'auteur de ''La Grande Bible des Fées'' publié en 2010 aux Éditions le Pré aux Clercs, ( Ouvrage co écrit avec son épouse Stéphanie Brasey et illustré par Sandrine Gestin, Amandine Labarre et David Thierrée ).

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Crédits photos©Edouard Brasey.Éditions Flammarion.

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