Aller au contenu Aller à la navigation

Publié le 28/09/2012

Stéphanie Sauget Les maisons hantées au XIXème siècle : un sujet brûlant !

Stéphanie Sauget   Les maisons hantées au XIXème siècle : un sujet brûlant !

Les maisons hantées ont de tout temps interpellé. Aujourd’hui, même si on sourit à l’écoute de ces récits de hantise parfois abracadabrantesques – le cartésianisme est passé par là-, il n’en était pas de même au XIXème siècle. En ce temps- là, en effet, les maisons hantées étaient au cœur de débats pour le moins passionnés ! Maisons du diable pour certains, demeures des esprits errants pour d’autres, miroirs de névroses familiales…Les ecclésiastiques, les scientifiques, les spirites, se sont confrontés sur le sujet, avec panache.

Stéphanie Sauget, agrégée et docteure en histoire contemporaine, nous invite à revivre cette époque troublée et haute en couleurs, dans son essai « Histoires des Maisons Hantées ». Remontons ainsi les couloirs du temps, et arrêtons-nous dans ce XIXème siècle obscur…Nous croiserons sur notre chemin des « Mal-morts », des revenants, et nous entendrons parler des apparitions de la Vierge et du retour du Diable… Stéphanie Sauget nous donne un aperçu du voyage qui nous attend.

La définition de la « maison hantée » a évolué depuis le XIXème siècle…

En fait, la définition se complexifie. Au XIXème siècle, siècle marqué par la foi dans le pouvoir de la raison – le positivisme – les maisons dites « hantées » posent problème. Il existe donc plusieurs « diagnostics » sur ce qui hante les maisons. Le premier et le plus traditionnel dans les sociétés occidentales que j’étudie est le diagnostic religieux, majoritairement chrétien, qui fait de la maison hantée un « lieu infesté » par le démon ou les âmes du Purgatoire. Il faut donc exorciser ces lieux. L’œuvre des esprits frappeurs…Le deuxième diagnostic est celui des spirites qui font leur apparition au milieu du XIXème siècle aux États-Unis d’abord, puis en Europe.

Pour eux, la maison est hantée par des « esprits », le plus souvent de bas niveau : des « poltergeists » (des esprits frappeurs), qui veulent trouver le repos ou bien s’amuser aux dépens des vivants.  Avec eux, toutes les maisons peuvent devenir hantées à condition qu’il y ait un être sensitif appelé « médium » capable d’entrer en relation avec le monde des esprits qui nous entoure.  Le troisième diagnostic est de type « savant » : il est très variable mais il a comme point commun d’être fait par des hommes de science (physiciens, médecins, aliénistes, psychologues, astronomes…). On pourrait également rappeler qu’au XIXème siècle, les maisons hantées font florès dans la littérature fantastique et gothique.En Angleterre se développe même le genre des « ghost stories » et l’on retrouve la définition plus classique que nous connaissons tous, à savoir une maison peuplée de fantômes.

Quelle a été la position de l’église face à ces récits d’apparitions, aux XIXème et XXème siècles ?

Au XVIIIème siècle, l’église catholique considérait avec embarras les affaires de maisons hantées.
Le problème principal résidait dans la publicité que les exorcismes faisaient aux possédés et donnaient à la force du démon.L’église cherchait donc à canaliser le rituel qui trouvait de plus en plus d’adeptes chez les mystiques.Vers 1850, lorsque la vague spirite arrive en Europe, les chrétiens se trouvent confrontés à un problème de redéfinition de ses marges.Les principales questions que posent les « maisons hantées » sont celles qui touchent à la survivance de l’âme après la mort, au « surhumain » et au merveilleux, en termes catholiques.L’Eglise condamne le spiritisme

Dans un premier temps, l’église catholique renforce la théologie et le dogme du Purgatoire, mais elle s’emploie surtout à condamner le spiritisme en dénonçant les superstitions, les fausses doctrines et le retour de la nécromancie. En Angleterre, en 1920, Elliot O’Donnel publie The Menace of Spiritualism, qui fait le lien entre possession démoniaque et médiumnité. Le « combat » n’est toutefois pas très simple, car dans les marges de l’église, certains se laissent tenter, tel l’abbé Julio qui se fait disgracier.

À partir de 1850, le spiritualisme s’est développé aux États-Unis. Quels sont les histoires de hantise célèbres dans ce pays ?

Rappelons déjà que le spiritualisme moderne, qu’on appelle spiritisme en France depuis la fin des années 1850, est né aux États-Unis d’une histoire de maison hantée. La plus célèbre des histoires de hantise outre-Atlantique est donc celle du cottage des sœurs Fox à Hydesville. Elle lance le mouvement. Aux États-Unis, les histoires de maisons hantées suivent la diffusion du spiritualisme. On les trouve principalement localisées au Nord-Est dans les années 1850 et elles se déplacent vers l’ouest progressivement dans la seconde moitié du XIXème siècle. En 1884 et jusqu’en 1922, la maison hantée la plus célèbre est celle que construit Sarah Winchester en Californie pour piéger les esprits qui la poursuivent.

En France, quelles sont les histoires de maisons hantées les plus populaires ?

On ne peut pas vraiment parler de « popularité » en France. Plusieurs toutefois font débat. Il y eut l’affaire du presbytère de Cideville, en Normandie, qui suscita un procès en sorcellerie et qui fut beaucoup commenté au milieu du XIXème siècle. 

Extrait « Histoire des maisons hantées » :

« En France, quelques années après que le message reçu par les sœurs Fox à Hydesville, a commencé à se diffuser en Europe, Jules-Eudes, comte de Mirville, fait paraître une « Pneumatologie des esprits et leurs manifestations fluidiques » en 1854. Le Comte de Mirville est un érudit et un illuministe qui s’est converti au magnétisme. Il a fait beaucoup pour rendre public le cas de hantise du presbytère de Cideville en Normandie, dans le département de Seine-Inférieure, qui se déroula en 1851. En février 1851, un procès en sorcellerie eut lieu dans le greffe de la justice de paix du canton d’Yerville. Le presbytère avait en effet été l’objet d’étranges phénomènes au cours de l’année 1850 : une bourrasque violente ou espèce de trombe se serait abattue sur l’endroit, puis des témoins (150 personnes) entendirent des coups « semblables à des coups de marteau », jusqu’à deux kilomètres à la ronde dans les boiseries de la demeure…Pour Eudes de Mirville, ce phénomène renvoie à la malédiction de Job au début de ses obsessions sataniques...Il est précise que le presbytère est habité par le curé, mais aussi par douze jeunes garçons. L’un des jeunes garçons ressemble aux « trembleurs des Cévennes ». Il dit voir un fantôme qu’il identifie plus tard : il s’agit de Thorel, berger du village… »

Il y eut aussi un tourisme de hantise en France, mais pratiqué par des Anglais. Leur endroit « favori » est sans aucun doute le château de Versailles où plusieurs croient voir le fantôme de Marie-Antoinette.

La maison hantée a-t ‘elle toujours été synonyme de malheurs et de dysfonctionnement familial ?

La maison est traditionnellement associée à la famille. Elle l’abrite et finit par la représenter. Il est donc tentant de considérer que les maisons hantées sont le reflet de familles malheureuses ou dysfonctionnelles. C’est d’ailleurs en partie vrai : il est incontestable que le succès incroyable que rencontre le spiritisme en Europe, comme aux États-Unis, est lié aux difficultés nouvelles que rencontrent les individus face aux situations, très nombreuses dans un siècle aussi troublé, de deuil.
Beaucoup de ses principaux zélateurs sont des conjoints ou des parents inconsolables. Des lieux maudits Dans la littérature du XIXème siècle, la maison hantée est souvent une demeure « maudite ».

Toutefois, le succès du « thème » des maisons hantées est aussi instrumental. Il est assez clair que la maison hantée est devenue au début du XXème particulier le symbole politique du déclin de l’aristocratie et des fondements des régimes traditionnels en train de disparaître. À cette époque, la « maison hantée » est avant tout un château, une abbaye ou un manoir isolé dans la campagne.
À la fin du siècle, ce sont moins les familles au sens étroit qui sont en cause que les domestiques qui perturbent l’équilibre familial.

Les « chasseurs de fantômes » ont toujours existé…Qui étaient-ils, au XIXème siècle, et qui sont-ils aujourd’hui ?

Les « chasseurs de fantômes » au XIXème siècle sont principalement des individus lettrés, savants, curieux, des universitaires qui cherchent à investiguer sur des phénomènes inconnus dans un esprit scientifique. Leur but est d’abord de collecter des informations qu’ils considèrent comme « fiables », recueillies en suivant un mode de sélection scientifique. À partir de ces archives ou de ces corpus de cas, ils souhaitent élaborer des modèles explicatifs permettant de comprendre et de repousser les limites de ce qui nous reste encore inconnus. 

Les ghostbusters du XIXème siècle Ils constituent souvent des groupes d’investigation parfois internationaux. Ils « inventent » ou découvrent de nouvelles forces : la télékinésie, la psychokinésie, etc. Ils ont souvent des thèses opposées. Certains vont faire des découvertes donnant lieu à des savoirs « vrais », d’autres se sont égarés vers des pseudo-savoirs. Je suis moins familière des chasseurs de fantômes d’aujourd’hui, mais il me semble qu’ils se présentent plutôt comme des experts qui seraient capables de déterminer si un lieu est hanté ou non.

Le phénomène de hantise a inspiré le cinéma, la littérature, la peinture... Comment a évolué sa représentation ?

En fait, le XIXème siècle semble avoir été le temps d’élaboration de nos représentations et de notre imaginaire de la hantise. Plusieurs choses me frappent : le fait d’abord que beaucoup de nos images associées à l’idée de maison hantée nous livrent la représentation d’un manoir néo-gothique. C’est très sensible dans les films jusqu’à aujourd’hui. L’architecture de la maison hantée est marquée par la figure iconique du manoir néo-gothique. Autre élément très marquant : même si les prêtres exorcistes peuvent être présents, c’est plutôt la figure du « chasseur de fantômes », éventuellement farfelu, avec tout son attirail pour « capturer » et documenter la hantise qui revient très fréquemment. La vraie évolution concerne la représentation des « hantés ». Depuis la fin du XIXème siècle, ce sont surtout les femmes qui apparaissent comme les plus sensibles ou sensitives aux phénomènes de hantise.

Aujourd’hui, au XXIème siècle, les histoires de maisons hantées sont-elles prises au sérieux ?

D’après Jean-Marie Donegani, ce qui domine aujourd’hui, c’est ce qu’il appelle une « pragmatisation des croyances », c’est-à-dire l’indice d’acceptation d’une croyance est lié au jugement individuel de l’utilité de celle-ci ici-bas. En bref, cela veut dire qu’on croit plutôt dans ce qui nous aide à mieux vivre et dans ce qui donne un sens à notre vie. En fait, il semble que depuis une vingtaine d’années, il y ait une tendance à l’augmentation des croyances dans la réincarnation, dans la vie après la mort, en particulier chez les jeunes.

Dans les dernières enquêtes de valeurs publiées en 1999, on observe ainsi une remontée de certaines croyances en une vie après la mort (42 % en 1999 contre 25 % en 1980). Toutefois, en France en particulier, les affaires de « maisons hantées » actuelles attirent plutôt les sarcasmes et les moqueries. Je pense par exemple à l’aventure arrivée au couple des Mariole en Angleterre dans la ville de Frodham au printemps 2011, qui avait fait les choux gras des tabloïds anglais et que la plupart des journaux français avaient repris. Les commentaires toutefois des « internautes » par exemple montrent un clivage entre sceptiques plutôt moqueurs et « croyants » convaincus de la réalité de ces phénomènes et cherchant à chasser le ridicule…



Livre « Histoire des maisons hantées », éditions Taillandier
Stéphanie Sauget publiera le 23 août, le livre « Les Âmes Errantes, fantômes et revenants dans la France du XIX siècle », aux éditions Créaphis ».

Commentaires

sylvain
sylvain
Le à 12h19

En tout cas pas besoin d'être dans une maison hantée pour vivre des phénomènes paranormaux...

Claudemarine
Claudemarine
Le à 11h33

Bonjour, j'aime beaucoup ton blog il est vraiment très sympathique
continu comme ça pour la suite c'est vraiment parfait crois moi.

 

Claudemarine
Claudemarine
Le à 13h33


Merci pour toutes les informations  qui vont m'aider à améliorer mon blog.Bonne continuation

,

Ajouter un commentaire

Veuillez vous identifier pour commenter cet article (M'inscrire):


En publiant ce message, vous vous engagez à respecter la charte du forum besoindesavoir.com dont vous reconnaissez avoir pris connaissance. Le modérateur se réserve le droit de supprimer tout sujet ou message non conforme à la charte de publication du forum. Merci pour votre contribution !