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Publié le 19/04/2011

Luc Mary - Les machines à explorer le Temps

Luc Mary - Les machines à explorer le Temps

Nous sommes tous confrontés à une réalité omniprésente mais invisible, à une présence constante : le Temps. Il s'écoule inexorablement…

Nous n’échappons pas à cette force qui nous pousse irrémédiablement vers l’avenir, à ce flux qui nous sépare définitivement du passé.

De là à dire que nous serions esclaves de cette dimension extérieure et imperturbable, il n’y a qu’un pas. L’idée - ou l’utopie - qui consiste à croire que nous pourrions maîtriser ce grand Maître qu’est le Temps, a traversé l’esprit de nombreuses générations.

Auteurs de romans de science-fiction, physiciens patentés se sont lancés sur cette voie, convaincus que le passé ne serait pas tout à fait mort et que le futur existerait déjà. Il faut bien l’avouer, la passion que génère cette quête, nous renvoie à un désir humain : l’accès à l’immortalité.

Luc Mary est un historien des sciences et un auteur prolifique, qui a déjà écrit en 1980, '' Le Futur nous observe ! '', un livre remarqué sur le voyage dans le temps. Il revient aujourd’hui sur ce thème captivant, avec son dernier livre '' Les Machines à Explorer le Temps ''.

La machine à remonter et à avancer dans le temps serait-elle donc pour demain ?  Entretien avec Luc Mary, qui nous accompagne à la porte du monde des possibles. 

Qu’est-ce que la chrononautique ? Quelles sont les grandes étapes de son évolution ?

Luc Mary : La chrononautique ? Ne cherchez pas dans le dictionnaire, il s’agit ici du Nec plus ultra de la littérature de science-fiction, d’un voyage au bout de l’imaginaire ! L’étape ultime de l’astronautique.

Je dirais que la chrononautique n’existe pas encore, mais qu’elle exprime le dernier rêve de l’Humanité, c'est-à-dire la possibilité théorique et technologique de nous déplacer dans le temps, aussi bien en arrière dans le passé, que dans le monde inconnu et inquiétant de l’avenir.

Le rêve de tout être humain

À titre individuel, qui n’a pas rêvé de revoir des parents disparus ou de connaître son propre avenir ? Le seul succès des voyants, devins et autres astrologues est ici, pour en témoigner. La fin du Monde est-elle pour demain ? Cette seule question invite à explorer les méandres de l’avenir.

Autant dire que les principales pages de la chrononautique ne sont pas encore écrites… Nous n’en sommes encore qu’à la préhistoire de cette technologie révolutionnaire.

Le domaine du voyage dans le temps est inséparable de notre exploration de l’Univers. Partir à la découverte du passé, c’est surtout arpenter les profondeurs de l’espace. D’une certaine façon, les accélérateurs de particules et les télescopes spatiaux sont les antichambres du voyage dans le temps.  Le voyage dans le temps n’a pas encore connu son Spoutnik.

Seuls des progrès théoriques ont été effectués au cours du dernier siècle. Incontestablement, la première pierre a été posée lors de la découverte du phénomène de « l’intrication quantique ». Mise en évidence par Erwin Schrödinger en 1935, et vérifiée expérimentalement par Alain Aspect en 1982, il démontre que deux atomes, quelle que soit la distance qui les sépare, interagissent en permanence.  Cette corrélation à distance infirmerait l’existence de l’espace et du temps.

Vous expliquez que « le voyage dans le temps » est le prolongement de la conquête spatiale. Pourquoi ?

Luc Mary : Déjà, pour une raison de pure logique ! Nous ne nous en rendons pas vraiment compte, mais notre terre est un vrai bolide qui fonce à plus de 100.000 km/h autour du Soleil, lequel évolue lui-même à plus de 800.000 km/h autour du noyau galactique…

Autrement dit, concevoir un « chronoscaphe » immobile est une aberration. Dans le cas de la machine temporelle imaginée par Wells, nous nous retrouverions dans le grand vide intergalactique.

Pour appréhender l’espace et le temps, il nous faut par ailleurs nous familiariser avec le langage ésotérique de « la Relativité ». Depuis plus d’un siècle, nous savons que le temps est étroitement lié à la vitesse et à la gravité. Il est désormais considéré comme la quatrième dimension d’un univers courbe et fini.

Les jumeaux de Langevin

Pour illustrer cette donnée, on a l’habitude de se référer au paradoxe des jumeaux de Langevin.

Dans les années 1920, ce physicien français a ainsi imaginé deux frères dont l’un resterait sur notre planète et l’autre foncerait dans l’espace interplanétaire à une vitesse très proche de celle de la lumière. Après un périple de seulement deux mois dans l’espace, il aurait la désagréable surprise de voir son jumeau vieilli de plus de quarante ans, lors de son retour sur terre….

Tout cela n’est que pure spéculation, me rétorquerez-vous… Détrompez-vous !

La dilatation du temps

Lors de la célèbre expérience de Hafele et Keating, laquelle a été réalisée en 1971, le phénomène de « la dilatation du temps » a été observé.

En résumant les faits, on a mesuré le temps écoulé au moyen de deux horloges atomiques, dont l’une était placée à bord d’un avion et l’autre restée à terre, pendant le même laps de temps. Surprise ! : le temps s’est écoulé moins vite pour l’horloge en mouvement. Certes, il s’agit d’une différence infime, pas plus de 59 nanosecondes ! Mais celle-ci a le mérite d’exister…

Plusieurs concepts sont à intégrer : mur de Planck, trou noir, trou de ver…Pouvez-vous nous nous éclairer sur ces différents sujets, porteurs de toute une connaissance ?

Luc Mary : L’histoire récente de l’astrophysique nous apprend que tout est périssable, des atomes aux étoiles. Tout doit disparaître.

Le mur de Planck illustre la frontière ultime de nos connaissances, une infime fraction de temps après le fameux « Big Bang ». Aux dernières nouvelles, l’Univers serait né il y a un peu moins de 14 milliards d’années d’une explosion originelle, que nos télescopes n’ont pas encore débusquée.

Avant le mur de Planck, le temps n’a pas de signification. Il serait né avec l’espace, à un moment où la matière était d’une densité infinie. Cette dernière, nous la retrouvons dans le monde étrange et délirant des trous noirs.

Si le mur de Planck renvoie à nos origines les plus lointaines, le trou noir exprime l’état le plus ultime de l’Univers.  Les trous noirs sont invisibles, car leur extrême densité retient la lumière. Même à la vitesse de 300. 000 km/s, les grains de lumière ne peuvent s’en libérer…. Les trous noirs sont des machines à explorer le temps

La gravitation a par ailleurs une autre propriété étrange : celle de déformer localement l’espace et d’altérer le sens du temps. Imaginons ainsi un vaisseau spatial s’approchant du trou noir, ses occupants observeraient alors de curieux phénomènes...

Après avoir constaté une accélération du temps à l’extérieur de la fusée, ils plongeraient à l’intérieur d’un univers inconcevable où le temps se mettrait à faire marche arrière !

Une fois parvenu à l’intérieur du trou noir, le voyage fantastique continuerait. La fusée emprunterait alors des « trous de ver », c'est-à-dire des « tunnels spatio-temporels » ou des raccourcis capables de projeter nos voyageurs imprudents, dans une autre région de notre Cosmos. Autrement dit, nul besoin d’inventer des machines à explorer le temps ! Celles-ci existent déjà, tapies aux quatre coins du Cosmos, sous la forme d’aberrants trous noirs !

Tout ce que je vous raconte semble relever d’un mauvais livre de science-fiction et pourtant, rien de tout cela n’est sorti de la tête d’un romancier épris de sensationnel.

Les trous noirs, tout comme les trous de ver, sont les résultats des équations de la mécanique quantique et relativiste. On peut désormais l’affirmer : la réalité dépasse la fiction. Comme je l’affirme à plusieurs reprises, l’Univers a plus d’imagination que les hommes…

 

Selon Luc Mary, auteur du livre '' Les machines à explorer le temps '' publié en novembre 2010 aux éditions Trajectoire, le voyage dans le temps est une possibilité scientifique. Et il serait la suite logique de la conquête spatiale

Peut-on envisager que « le passé n’est pas tout à fait mort, et que le futur existe déjà » ?

Luc Mary : Aux dires des explorateurs de l’infiniment petit, l’irréversibilité du temps serait une illusion de la nature. Parler d’un retour en arrière dans le temps paraît aberrant, illogique et contraire au bon sens.

Au niveau des particules et à l’échelle de l’Univers, le passé existerait encore et le futur serait déjà présent, ils coexisteraient dans un ailleurs indéterminé. À la fois mariés et divorcés, ils camperaient dans une réalité encore inobservable.

L’image de l’océan bordé par deux rives continentales est ici assez parlante. Imaginez un paquebot reliant l’Amérique à l’Europe. Le navire en question représente le temps présent et les deux continents : le passé et l’avenir.  Ce n’est pas parce que notre bateau a quitté l’Amérique que celle-ci n’existe plus….

De la même façon, nous ne pouvons prétendre que l’Europe n’existe pas encore. Le « Vieux continent » appartient à l’avenir pour les seuls passagers du bateau. C’est un défi à la raison, aux yeux de tout un chacun. Mais n’était-ce pas au nom du bon sens commun, que l’on disait que la Terre ne pouvait être ronde ?

Aujourd’hui, des expériences comme celle de « l’intrication quantique » apportent de l’eau au moulin des partisans du temps réversible…

Avez-vous connaissance de faits divers qui porteraient la marque d’un éventuel « voyage dans le temps » ?

Luc Mary : L’histoire la plus étonnante est sans conteste l’expérience connue sous le nom de « Philadelphia Experiment », une affaire survenue en pleine seconde guerre mondiale.

D’aucuns considèrent cette affaire comme un monstrueux canular, lequel participerait à la grande théorie du complot. En résumé, il s’agit d’une expérience militaire qui aurait mal tourné.

Un navire qui se volatilise

En octobre 1943, le navire de guerre USS Eldridge se serait littéralement « volatilisé » du port de Philadelphie pour réapparaître 350 km plus loin, dans le port de Norfolk.

Basée sur la « théorie du champ unifié », un terme barbare tout droit issu de la relativité, l’expérience en question travaillait sur l’invisibilité. Ce jour-là, un certain 28 octobre, l’USS Eldrige disparaît, l’espace de quelques secondes, dans un écran de lumière bleue…

Son équipage en sort traumatisé.  On parle même de quelques marins qui auraient « flotté » dans le vide et d’autres qui auraient fusionné avec la coque même du navire…

Le plus incroyable de cette affaire serait le témoignage des rescapés. D’aucuns évoquent un voyage dans des mondes parallèles. Plus d’un demi-siècle plus tard, le mystère reste total au sujet de cette expérience…

Peut-il y a voir un fond de vérité dans les différents projets de machines à remonter le temps ? Quelles sont leurs éléments communs ?

Luc Mary : À défaut d’être réel, le voyage dans le temps est érigé en possibilité scientifique.  Tous les projets de machines temporelles, les « chronoscaphes », ont en commun de se référer à des principes de base admis par l’ensemble de la communauté scientifique.

Dans son livre consacré à la fabrication d’une hypothétique machine à explorer le temps, le célèbre physicien Paul Davies imagine quatre étapes de montage.  Du collisionneur au différenciateur en passant par l’imploseur et le dilatateur, tous ces éléments existent déjà dans notre paysage technologique (ou ont des chances d’y entrer d’ici une trentaine d’années).

Bulle de plasma, champ magnétique, fusion thermonucléaire, énergie du vide… la future machine à explorer le temps sera le top de la technologie ! Autrement dit, elle ne pourra être inventée par un chercheur isolé en mal de sensations fortes.

Sans entrer dans des détails trop techniques, il s’agit de créer un « trou de ver » à partir d’un accélérateur de particules d’ions lourds puis de l’agrandir et d’en augmenter l’espérance de vie. Un vrai défi technologique !

La machine à remonter le temps est-elle pour bientôt ? Si oui, quelles pourraient être les conséquences d’un tel avancement, pour l’humanité ?

Luc Mary : Votre question comporte en fait deux volets : le voyage dans le temps est-il possible et si c’est le cas, est-il souhaitable ?

En d’autres termes, comporte-t-il des risques ? Nous pouvons affirmer que de telles machines ne peuvent être placées en toutes les mains…. Maîtriser le temps, c’est accéder au pouvoir total : Modifier le passé, c’est s’attaquer à notre identité. En voulant corriger une erreur ou éviter un drame, nous pourrions aussi en créer d’autres, peut-être encore plus terribles.

À seul titre d’exemple, assassiner Hitler à la naissance n’empêcherait sans doute pas l’éclosion du nazisme… Au contraire, un autre Hitler, plus fin stratège, pourrait favoriser la victoire finale des Allemands sur les Alliés. Autrement dit, en tuant Hitler, nous favoriserions le triomphe du nazisme. Étrange paradoxe !

Ce seul exemple traduit toutes les incohérences et les dangers d’un tel voyage. Surtout ne jamais essayer de modifier l’Histoire, si noire, apparaît-elle. Comme je le souligne dans mon livre, si une telle découverte est faite dans l’avenir, faisons en sorte qu’elle reste à jamais secrète.

Le temps est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls voyageurs du temps (voir aussi John Titor).

En 1980, vous avez écrit le livre, '' Le Futur nous observe''. Un ouvrage où vous estimiez que le phénomène OVNI pouvait être considéré comme une manifestation du futur. Partagez-vous toujours cette idée, trente ans après ?

Luc Mary : Au contraire de toutes les autres découvertes scientifiques, celle du voyage dans le temps comporte un paradoxe : à savoir que si dans un avenir plus ou moins lointain, nous parvenons à remonter le cours des millénaires, nous devrions déjà en mesurer les manifestations.

Le voyage dans le temps, avant même d’être inventé, fait déjà parti de notre histoire. En termes clairs, si voyage dans le temps il y a dans le futur, nous le saurions déjà… Ses signes existent-ils ? Dans un livre paru en 1980, je suggère que les OVNI seraient des engins envoyés par nos lointains descendants. Trente ans plus tard, cette hypothèse me semble toujours aussi crédible.

Sans compter leur permanence dans notre histoire - des boucliers ardents de l’Antiquité aux chapeaux volants de la Renaissance - l’histoire fourmille de manifestations célestes mystérieuses.

Il est aussi à remarquer que les OVNI en question apparaissent et disparaissent subitement dans notre atmosphère, sans chercher par ailleurs à entrer en contact avec nous autres, terriens... Bien évidemment, cette hypothèse est d’autant plus difficile à digérer que nous ne sommes pas encore certains de la réalité matérielle du phénomène OVNI.

Autrement dit, souligner la possibilité du voyage dans le temps par les soucoupes volantes revient à expliquer l’improbable par l’incertain. Voyez-vous, nous ne sommes pas encore au bout de notre quête ! Seul l’avenir connaît la réponse…

Luc Mary : ''Les Machines à Explorer le Temps, mythes et réalité du voyage dans le temps'', éditions Trajectoire (novembre 2010). Du même auteur : ''Voyage au bout de la galaxie'' (JMG 2003), Le mythe de la fin du monde (Trajectoire 2009), ''Ces découvertes qu'on nous cache'' (Trajectoire 2008), ''3003, la route des étoiles'' (JMG 2002), ''L'univers à portée de vue'' (De Vecchi 2009), ''Le futur nous oberve !'' (Desforge 1980)...

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Crédits photos©Fyle-besoindesavoir.Luc Mary-Trajectoire

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