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Publié le 27/09/2010

Jean-François Blondel - Guide des grands sites sacrés de France

Jean-François Blondel - Guide des grands sites sacrés de France

À qui peut être destiné ce guide qui présente au fil des pages des monuments et des sites chargés de mystères, des lieux qui, tous les ans, accueillent aussi de nombreux visiteurs ?

Aux personnes qui souhaitent être guidées sur des choix d'édifices de France à visiter; aux passionnés d'art et d'histoire car l'ouvrage révèle, en textes et en images, les origines d'architectures de monuments, témoins des origines des civilisations; à celles et ceux, enfin, pour qui les mots " beauté et magie " sont associés aux mots " sacré et mystère".

Entretien avec Jean-François Blondel, auteur du guide des grands sites sacrés de France aux éditions Piktos.

Vous êtes l'auteur de nombreux ouvrages, comme celui des châteaux de la Loire, d'un guide des monuments mystérieux de Paris, des cathédrales au Moyen-âge. Quelle était votre intention en rédigeant cet ouvrage ?

Jean-François Blondel : Je souhaitais  avoir un champ plus  vaste pour aborder le domaine du sacré,  qu'il s'agisse de présentation des cathédrales,  ces grandes églises où siégeaient les Évêques, mais aussi des abbayes, des monastères, des temples bouddhistes et des lieux sacrés.

L'éditeur m'en a donné la possibilité et je l'ai réalisé.

Vous faites usage du mot sacré que vous définissez d'ailleurs dans votre avant-propos.

Jean-François Blondel : Oui, le sacré est quelque chose - en l'occurrence ici des sites - qui a une relation avec la transcendance, ce qui nous dépasse.

L'opposé de " sites sacrés " seraient " sites païens " ?

Jean-François Blondel : Non. Un site païen, comme un temple grec, est aussi un site où les personnes avaient un intérêt à se mettre en relation avec ce qui était le divin. L'opposé serait des sites profanes, comme le Grand Palais à Paris, un véritable chef-d'œuvre, qui a une vocation, mais n'a rien de sacré, la Tour Eiffel ou l'Arc de Triomphe quoique que ce site soit sacré pour la République.

L'ouvrage illustré de 300 photographies présente les grands sites sacrés des 22 régions administratives qui découpent la France. Ce " tour de France " raconte l'histoire de cathédrales, d'abbayes, de cloîtres mais aussi de sources, de fontaines et de forêts sacrées; des lieux où l'on parle aussi de vierges noires, de lanternes des morts localisées dans de nombreuses régions

Extrait" : L'origine de nos lanternes remonterait jusqu'au XIe siècle, leur construction s'étant étalée durant les XIIe et XIIIe siècles. Ainsi, aux lumières collectives qui brillaient sur les tombes des premiers chrétiens, succéda un feu au milieu du champ de repos des défunts pour leur attirer la protection divine, et les rappeler aux prières des passants (... ...) La lanterne était alors, grâce à sa flamme, un rempart qui repoussait, selon les croyances d'alors, ces êtres désincarnés, et les effrayait ( ... ) Les gens voulaient se faire enterrer tout à côté d'elle et " sous sa protection; Elle était comme un phare aux portes de l'au-delà …"

Le ''Guide des grands sites sacrés de France'' de Jean-François Blondel publié aux éditions Trajectoire - 2010

Le patrimoine français est riche. Comment avez-vous fait la sélection, notamment celles qui concernent les cathédrales ou encore les abbayes qu'elles soient cisterciennes ou Bénédictines ?

Jean-François Blondel : Il a fallu faire des choix, c'est vrai ; les cathédrales que l'on retrouve dans le livre sont sans doute les plus grandes, les plus belles, celles dont on parle le plus, que l'on visite énormément ( ... ) en Île-de-France le patrimoine est par exemple très vaste, à Saint-Denis, à Créteil, à Paris, à Versailles

Tous ces sites étaient des lieux de recueillement; y a-t-il toujours un intérêt pour ces endroits, hormis un intérêt touristique, alors que l'Église est en crise ?

Jean-François Blondel : L'aspect marchand existe, n'oublions pas que la France est un pays touristique et les gens viennent visiter ses richesses. Mais l'homme a, de tout temps, été à la recherche du mystère et du sacré. Cet aspect existera toujours à l'échelle individuelle ( ...)

Tous ces sites n'ont pas été bâtis n'importe où; ils ont des particularités. Depuis l'origine, et encore aujourd'hui, on a bâti des endroits pour se recueillir ( ...) ces lieux sont chargés de quelque chose ( ...) dès lors où le lieu a une connotation spirituelle les gens viennent s'y recueillir.

93 cathédrales de France comme la cathédrale Saint-Denis à Saint Denis, la cathédrale Sainte-Marie de l'Assomption à Bastia, la cathédrale Saint-Apollinaire à Valence, la cathédrale Saint-Etienne à Bourges, la cathédrale Sainte-Croix à Orléans et bien d'autres sont présentées.

Un descriptif détaillé informe le lecteur des caractéristiques de chacune de ses grandes églises. Les édifices comme la Mosquée de Paris, la grande pagode de Vincennes, la grande Synagogue de la rue de la Victoire à Paris y sont aussi répertoriées.

Il y a-il selon vous des caractéristiques communes entre ces sites sacrés, notamment les cathédrales ?

Jean-François Blondel : Si je mets de côté la notion d'édifice chrétien, ils ont en commun un style architectural qui correspond toujours à une époque : le style roman, le style gothique, la période de la Renaissance puis le XVIIe siècle et le XVIII ème siècle.

Ces sites sont-ils toujours chargés de mystères ?

Jean-François Blondel : Oui. D'abord leur environnement n'est pas anodin. La cathédrale d'Albi par exemple a été fortifiée en raison des invasions; ensuite ces cathédrales ont toujours des légendes qui se rattachent à elles.

Certains édifices sont aujourd'hui classés au patrimoine mondial de l'Unesco comme la cathédrale Notre-Dame de Reims, des sites protégés en quelque sorte.

Il faut bien savoir que c'est à partir du XIXe siècle seulement que l'on a pris conscience du patrimoine sacré. Avant cette conscience n'existait pas; des personnes comme Eugène Viollet-le-Duc, sous le siècle de Louis-Philippe, se sont déplacées dans les campagnes pour inventorier ces sites; pour eux il s'agissait de conserver la mémoire du passé.

Jusqu'à cette époque on détruisait une église romane dès lors où elle n'était plus dans l'air du temps, dans le style du moment.

En fait, l'Eglise a détruit ses propres lieux de culte ?

Jean-François Blondel : Oui, il faut le dire. Mais pendant la Révolution française, on a aussi beaucoup détruit; je pense à l'Abbaye de Cluny qui était le plus grand lieu de la Chrétienté (... ...) s'il manque des bras ou des têtes aux statues, cela est en partie dû à cette époque.

Ce fut un génocide architectural si je peux m'exprimer ainsi ( ... ) Mais il y a aussi eu les grandes réformes de l'Église, je pense, par exemple, aux labyrinthes qui existaient dans toutes les cathédrales et qui ont été détruits à l'exception, notamment, de la cathédrale de Bayeux et de Chartres.

À quelle moment l'Église a -elle procédé à cette sélection ?

Jean-François Blondel : Quand l'Église est devenue dogmatique. Jusqu'au XII ième siècle et XIII ième siècle, l'Église était ouverte à la pensée grecque.

Extrait. La région Bretagne, " C'est une terre sainte où se mêlent intimement une antique tradition celte, venue du fond des âges, mais toujours bien vivante, et une foi chrétienne inscrite dans la pierre de ses enclos paroissiaux. Une croix de pierre, une statue, le clocher d'une église ou d'une chapelle sont là pour exprimer la ferveur religieuse de la Bretagne. Elle est aussi terre de légende, celle qui vient des arbres et des sources sacrées de la forêt de Brocéliande, où plane toujours la présence de Merlin et de la fée Viviane; celle de la mort, où l'ombre de l'Ankou, debout sur son char, croise la nuit le voyageur égaré sur la lande; celle de la ville d'Is, engloutie à jamais dans les flots ( ... ) le visiteur pourra faire un tour des cathédrales de Bretagne en partant de Renne, capitale historique de la Bretagne; il ira ensuite découvrir celles de Dol-de-Bretagne, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Tréguier, Saint-Pôl-de-Léon, Quimper, Vannes ... "

La cathédrale Notre-Dame de Reims classée au patrimoine de l'Unesco - © N.Stoll

Un index invite également le lecteur à s'intéresser aux vierges noires que l'on trouve en Auvergne, en Provence et dans les Pyrénées orientales; aux labyrinthes des cathédrales et leurs mystères que l'on trouve encore dans les cathédrales de Chartres, d'Amiens et de Bayeux, aux grottes et peintures rupestres en Ardèche ou en Dordogne.

On ne peut parler de sites sacrés sans parler de l'histoire des rois de France, de la religion mais aussi des époques et des modes qui se sont succédées.

Jean-François Blondel : Il faut bien comprendre que tous ces édifices faisaient partie intégrante de la société de l'époque; ils étaient le reflet d'un monde.

La cathédrale de Reims doit son caractère et son aura au fait que c'est à cet endroit que l'on couronnait les rois.

Aujourd'hui les grands édifices sont plus formels ( ...) il faut d'ailleurs remercier André Malraux qui a souligné de la nécessité de restaurer et de protéger le patrimoine.

Le guide des grands sites sacrés en France, de Jean-François Blondel, aux éditions Piktos, est certes un bel ouvrage où l'on prend plaisir à lire et à regarder des édifices avec un œil différent; pour celles et ceux qui ont oublié depuis longtemps leurs cours d'histoire, il pourrait être aussi, une autre façon de réviser, à défaut d'apprendre, l'Histoire de France. Qui sait !

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© crédits photos : Cathédrale de Reims - S.Landry & N.Stoll

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