Publié le 02/05/2010
Maria-Albas Valdès - Magie des Caraïbes et Santeria
Comme le Vaudou, la Santeria se définit comme une religion liée à la magie, à la divination et à la communication avec les esprits.
Dans son livre, Magie des Caraïbes et Santeria aux éditions Trajectoire, Maria-Alba Valdès, raconte l'histoire de cette religion et son système de magie assez méconnus en France. Où et comment est pratiquée aujourd'hui la Santeria ? C'est ce qu'explique l'auteur après avoir passé en revue les temps forts des migrations des populations lors de la colonisation et en rebond, l'influence des différentes religions dans ses pratiques dont les origines sont africaines.
La Santeria, une religion
Il faut comprendre qu'une religion, quelle qu'elle soit, est d'abord un ensemble de rites et de croyances composées de règles, de récits, de symboles adoptés comme conviction par une société ou un groupe. Comme il se doit, chaque religion est fondée sur des mythes religieux, ce qui explique pourquoi les relations entre la religion et les composantes de la société sont souvent complexes.
Dans son ouvrage, Maria-Albas Valdès a le souci de présenter les origines de la Santeria " qui puise ses origines en Afrique noire, chez un peuple que l'on appelle les Yorubas "; elle rappelle les grands mouvements de déportation d'esclaves du continent africain vers ce que l'on a appelé le Nouveau Monde et ses incidences sur les pratiques de cette religion qui, comme elle l'écrit : " la Santeria d'aujourd'hui n'est pas la religion que pratiquaient et pratiquent encore les Yorubas en Afrique. En l'apportant avec eux dans le Nouveau Monde, ils ont progressivement modifié et adapté cette religion très axée sur la terre à leur nouvel environnement. Pour pouvoir continuer de pratiquer leur culte, les Yorubas ont dû le dissimuler sous les apparences d'une religion originaire d'Europe : le catholicisme. Cette religion a également été marquée, plus en profondeur, par une autre doctrine originaire d'Europe, le spiritisme, auquel est venu s'ajouter un élément d'origine asiatique : la divination par les chiffres".
Quelques repères
Dans un souci de clarté, Maria-Albas Valdès présente tour à tour au lecteur, Olodumare, dieu unique et suprême, qui se place au-dessus des hommes et de leurs affaires et les orishas, qui sont des entités, dont une vingtaine d'entre eux jouent un rôle d'ange gardien.
" Les orishas et les hommes peuvent communiquer entre eux par la divination et la possession ", explique-t-elle. Passant en revue ces entités et leur fonction, l'auteur ajoute : " l'homme doit malgré tout respecter Olodumare et toutes les prières santeras contiennent son nom même si l'on ne fait jamais de sacrifices pour lui. Les orishas, au nombre d'une centaine, reçoivent des offrandes qui ne sont pas pour autant des garanties pour celui qui les apporte ".
Une interprétation controversée
Arrivés sur un continent qui n'était pas le leur, Maria-Albas Valdès précise que les esclaves de l'époque dupaient l'Église en laissant croire qu'ils vénéraient les saints catholiques alors qu'en fait, derrière chaque saint, ils vénéraient un orisha équivalent. Une interprétation qui est parfois controversée par d'autres auteurs : " c'est le mouvement inverse qui s'est produit, car l'Église a imposé aux esclaves les saints comme des équivalents aux Orishas".
S'agissant dans tous les cas d'une religion, l'auteur présente de manière détaillée les piliers de la foi : la croyance en un dieu unique et suprême, Olodumare; la croyance en l'âme et l'éthique; la croyance en l'âme et à la réincarnation; le destin, la magie et la divination qui ont pour but d'aider l'homme à mener une vie conforme au destin qui lui a été assigné; et enfin, le culte des morts.
Vous êtes âgée de 27 ans, c'est votre premier livre. Dans quelles circonstances vous êtes-vous intéressée à la Santeria ?
Maria-Albas Valdès : Je suis née à Paris et j'ai des parents d'origine espagnole. Après avoir passé mon bac en 2 000, j'ai rencontré un groupe de musiciens et de danseurs latino cubain. Nous avons fait une tournée en Amérique du Sud, je suis allée en Argentine, au Mexique et à Cuba. J'ai eu ainsi le loisir de travailler et d'étudier la santeria.
Pourquoi avoir écrit ce livre, êtes-vous vous-même Santera ?
Maria-Albas Valdès : Oui. " La santeria est une religion destinée à tous. Son message ne s'adresse pas aux minorités.
Ce message a attiré les Européens depuis quelques années, qui semblent fascinés par cette nouvelle forme de spiritualité" indique-t-elle dans son livre.


Maria-Albas Valdès, auteure de ''Magie des Caraïbes et Santeria'' publié aux éditions Trajectoire (mars 2010)
Combien de temps vous a-t-il fallu pour rédiger ce livre et comment avez-vous procédé ?
Maria-Albas Valdès : Je suis restée quatre ans à Cuba. En fait, j'ai écrit ce livre parce que je pensais que la Santeria n'était pas très connue et je trouvais cela regrettable. Sa philosophie est très ignorée contrairement au Vaudou qui se pratique beaucoup à Haïti. C'était aussi une façon de présenter la Santeria autrement que par son côté exotique.
L'objectif est atteint. Parmi les nombreuses illustrations données, Maria-Alba Valdès présente la façon dont les esclaves africains se sont mis à identifier leurs "divinités, les orishas, aux saints de la religion catholique, afin de pouvoir continuer de les adorer tout en dupant leurs maîtres. Orunla est, ainsi, le Saint-François d'Assise, symbolisant la sagesse, le discernement et le savoir. Il est le saint patron des professions intellectuelles et spirituelles.
La Santeria, un système de magie
Que faut-il comprendre là encore lorsque l'on emploie le mot "magie" ? Une pratique du maniement des forces secrètes de la nature ?
Dans de nombreuses cultures, les moyens mis en œuvre par la magie en tant que science occulte s’opposent de fait aux religions établies. Ce qui n'est pas le cas des rituels magiques de la Santeria qui intègrent des questions du quotidien, si l'on en croit l'auteur : se protéger de la jalousie, du mauvais œil et de la malchance, protéger sa maison des mauvais sorts, se défendre de ses ennemis, protéger un enfant de la maladie, faire aboutir un projet difficile, séduire ou reconquérir un homme.
Autant de quêtes détaillées par Maria-Alba Valdés qui présente ainsi une trentaine de rituels, qu'ils soient d'initiation, de protection, de divination ou de magie, intégrant les jours les plus propices au rituel. Un tableau indique également les aliments présentés en offrande aux orishas et les sacrifices associés. Ainsi les offrandes qui sont faites à l'orisha Orunla, se déposent sur un plateau de bois (le réceptacle est considéré comme le lieu où résidera, l'orisha indique aussi l'auteur) dans lequel on retrouve de la noix de coco, des prunes, de la purée d'igname, du vin blanc, du jasmin; il n'y a pas de sacrifice associé, à la différence de l'orisha Ochosi qui reçoit en offrande de l'eau-de-vie, du tabac, du gibier, de l'anis, des ignames, du millet, des légumes secs et à qui l'on offre en sacrifice des chevreaux, des perdrix et des poulets.
Quelques chiffres
L'auteur reprend à son compte quelques chiffres parus, relatifs aux santeros qui vivent à Cuba et ceux qui sont exilés. " Alors que l'Église catholique estime que 60 % de la population de Cuba est catholique, un rapport officiel de l'État américain précise que 80 % de la population cubaine serait adepte de religions originaires de l'Afrique de l'Ouest, la santeria étant la principale. Ceci peut se comprendre par le fait que beaucoup de santeros se disent catholiques pour rassurer les gens qui ne sont pas instruits des mystères de la santeria".
Maria-Alba Valdes explique aussi les vagues d'immigration des santeros exilés aux Etats-Unis, dans d'autres pays d'Amérique voire en Europe en raison des positions politiques de Fidel Castro de 1960 à 1980, concluant ainsi : " les santeros cubains peuvent aujourd'hui pratiquer leur culte, même s'ils doivent faire face à un nouveau risque : celui de se laisser happer par le système économique et politique en place (...) la santeria apparaît comme un culte exotique aux étrangers, attire les touristes, dont certains veulent absolument voir des cérémonies ou des rituels, ce qui tend à remplir les caisses de l'État" .
À la lecture de l'article, certains appelleront peut-être aussi secte, cette religion, dès lors où il s'agit d'un ensemble d'hommes et de femmes partageant une même doctrine religieuse qu'ils ont créée. En ce sens, le mot n'a rien de péjoratif et ils auront aussi raison d'en faire usage.
Magie des Caraïbes et Santeria est sans doute un livre nécessaire et utile à lire afin de ne plus rester dans l'ignorance. " L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit " disait Aristote. Il est peut-être sage de lire un ouvrage sur la Santeria ...
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