Publié le 21/03/2010
Fantômes, esprits, hantises... Dominique Lormier décrypte des apparitions étonnantes
Historien et écrivain, l'auteur a recueilli quelques-uns des plus célèbres cas d'apparitions, des plus connus à ceux passés sous silence : des revenants en action; des demeures qui font peur, des fantômes côtoyant des célébrités comme le chanteur Michel Sardou, l'acteur américain Telly Savalas, Dany Saval ou d'autres encore; Des voyants et des guérisseurs. Un enchaînement d'histoires de fantômes qui semble ainsi faire partie de notre quotidien. Des histoires qui posent une seule question : doit-on encore douter de l'existence des fantômes ?
Spectres, esprits, fantômes sont des mots que vous prenez le soin de définir ou du moins de clarifier. Pouvons-nous les prendre un par un afin d'éclairer les lecteurs ?
Dominique Lormier : Le fantôme est le plus souvent représenté par un drap blanc avec des chaînes. L'apparition est généralement la manifestation d'un mort sous une forme paisible. Elle peut être religieuse comme la Sainte Vierge à Lourdes.
Cette forme d'apparition sert généralement à guider les humains vers le bien, à convertir les âmes. ( Ndlr : et le spectre ? ) c'est le plus souvent l'apparition effrayante d'un défunt, dont la cause de la mort est souvent violente. Des maisons hantées seraient habitées par ces manifestations ténébreuses. ( Ndlr : et enfin l'esprit ? ) L'esprit appartient à la fois au vocabulaire religieux et à celui du spiritisme.
Dans le premier cas, il s'agit de l'Esprit-Saint de Dieu qui se manifeste en nous, parmi nous et au-dessus de nous.
Dans le second cas, le spiritisme est la manifestation invisible de l'âme d'un défunt ou de ses résidus psychiques, voire du démon qui se moque ainsi des naïfs en quête de sensations fortes.
Vous vous êtes appuyé sur des réalités pour rédiger cet ouvrage. Pouvez-vous parler de l'histoire de Kakouetta ?
Dominique Lormier : C'est une histoire qui se passe au début du XXème siècle; Kakouetta était un pauvre vagabond vivant dans un village des Pyrénées. Il était la risée des enfants sauf d'un, Jaxu, un petit garçon qui avait l'habitude de lui parler. L'homme lui apportait des fleurs (..) Il parlait avec l'enfant de la montagne, de la lune et du train " dont le ventre renferme du feu comme un dragon" ( ...)
Kakouetta n' avait de cesse d'avoir la vision d'une jeune femme et Jaxu écoutait et observait les réactions de l'homme (...) Un jour il crut la reconnaître dans le village, s'approcha d'elle en lui disant, " tu es plus belle que les fleurs, " mais la jeune fille prit peur et le gifla (...) Fou de rage, Kakouetta la saisit par le cou et manqua de l'étrangler.
Arrêté par les gendarmes, puis libéré, on finit par le retrouver mutilé sur les rails du chemin de fer, le corps en lambeaux (...) L'homme fut enterré dans le cimetière du village. Pendant plusieurs mois, les habitants vécurent des moments de trouble avec l'étrange sentiment "de voir " ou de ressentir la présence de Kakouetta ( ...)
La messe que l'on finit par célébrer en la mémoire du pauvre vagabond sembla être bénéfique puisque l'on n'entendit plus parler du spectre de Kakouetta.
Parmi les nombreuses aventures vécues par des célébrités, il y a celle de Michel Sardou qui, se trouvait un soir de Noël en famille avec quelques amis dans un château. Ils entendirent, des cris de bébé retentirent de nulle part. Tous se regardèrent ahuris : personne n'avait de bébé !Ils fouillèrent les pièces sans rien trouver et eurent du mal à trouver le sommeil au milieu des vagissements qui persistaient. Le lendemain, ils entendirent cette fois le son d'un violon. Apeurés, ils quittèrent les lieux.

Les récits d'apparitions sont légion, dites-vous, et quelques cas sont devenus célèbres parce qu'ils parviennent à troubler les esprits les plus prévenus, comme cette histoire qui se passe à Paris en 1925. Pouvez-vous la raconter ?
Dominique Lormier : Après une discussion dans le jardin du Luxembourg à Paris avec un sympathique vieillard, un étudiant en médecine est invité, par ce dernier, à l'entendre jouer un concert de Mozart dans son appartement, avec sa famille.
Le jeune homme se rend à l'invitation, passe une bonne soirée en discutant avec un séminariste, les deux petits-fils de son hôte, dont l'un est étudiant en droit et l'autre un aspirant de l'Ecole Navale. A minuit, il prend congé et, de retour dans la rue, s'aperçoit qu'il a oublié son briquet; il remonte à l'appartement. Très surpris de constater que personne ne lui répond, il sonne longuement, réveillant le voisin qui appelle le concierge en criant au voleur.
Arrêté par la police, l'étudiant réussit à convaincre la police de sa bonne foi. Tous sont surpris, car l'appartement est inhabité depuis des années. En présence de l'arrière-petit-fils, propriétaire de l'appartement, la police retourne sur les lieux le lendemain. On découvre un appartement laissé à l'abandon. L'étudiant étonne tout le monde par sa parfaite connaissance des lieux et par sa précision sur les membres de la famille.
Ainsi le jeune homme en droit vu la veille était le grand-père avocat de l'actuel propriétaire, l'élève de l'Ecole Navale son grand-oncle devenu Amiral, et le séminariste son grand-oncle devenu missionnaire en Afrique. Quant aux concerts, le propriétaire confirme qu'ils ont bien eu lieu autrefois dans l'appartement. Enfin, sur une table, on découvre le briquet du jeune étudiant, qu'il avait laissé la veille.
L'aventure est si étonnante qu'on la raconte à Albert Einstein lui-même, qui la prend très au sérieux et déclare : " ce jeune homme a trébuché dans le temps ... comme d'autres ratent une marche d'escalier".
L' histoire précède ainsi une autre histoire qui se déroule en 1900, à Versailles. L'auteur raconte ainsi " d'après de nombreux scientifiques, dont Albert Einstein, ces fantômes apparaîtraient par des sortes de brèches du temps, ou formeraient de brèves visions d'un autre univers, d'une autre dimension" .
Le ton de votre écriture est léger et les exemples sont précis, sans pour autant noyer le lecteur dans des détails. Est-ce une discipline personnelle si l'on tient compte du fait que vous êtes bouddhiste depuis 12 ans ?
Dominique Lormier : J'ai toujours une sorte de jubilation lorsque j'écris et j'ai la chance de pouvoir vivre de ma plume. Je suis attentif à ne pas avoir une écriture nombriliste, à canaliser l'ego. J'ai une faculté de synthèse ( ...) mon père était ingénieur et avec lui j'ai eu le goût pour l'histoire et les mathématiques; avec ma mère, j'ai suivi un parcours plus littéraire.
Note : Les dix préceptes du bouddhisme se retrouvent dans plusieurs textes canoniques et se déclinent ainsi : s'efforcer de ne pas nuire aux êtres vivants ni retirer la vie; s'efforcer de ne pas prendre ce qui n'est pas donné; s'efforcer de ne pas avoir une conduite sexuelle incorrecte plus généralement garder la maîtrise des sens; s'efforcer de ne pas user de paroles fausses ou mensongères; s'efforcer de ne pas user de paroles dures ou blessantes; s'efforcer de ne pas user de paroles inutiles; s'efforcer de ne pas user de paroles calomnieuses; s'efforcer de ne pas avoir de convoitise; s'efforcer de ne pas user d’animosité et s'efforcer de ne pas avoir des vues fausses.


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On relève aussi dans vos propos comme dans votre écriture, une distance sage envers ce que l'on appelle plus classiquement le paranormal.
Dominique Lormier : Il faut d'abord préciser que les voies vers la spiritualité ne peuvent se trouver sans une éthique basée sur une honnêteté, sinon il faut parler de sectes. Si l'on pense aux voyants, je crois que l'on peut trouver le meilleur comme le pire; des marchands du Temple en quelque sorte ( ...) Je ne suis pas médium, mais lorsque l'esprit est clair, on peut faire preuve de clairvoyance, notamment lors de la méditation (Ndlr : dans son ouvrage, Dominique Lormier fait ainsi l'éloge de la voyante Pascale Lafargue ) Lorsque l'esprit est pacifié, il est possible d'avoir une vision pénétrante (...) dans le Bouddhisme, l'un des enseignements est d'ailleurs de ne pas nuire à autrui, d'adopter une attitude bienveillante.
Vous avez écrit plus de 85 livres en 20 ans, notamment des livres sur l'Histoire et les guerres ; vos centres d'intérêt sont nombreux. Y -a- t-il des liens entre ces différents sujets ?
Dominique Lormier : En apparence on peut penser qu'il n'y a pas de lien, mais dans le Bouddhisme tout est interdépendant. Il existe de nombreux témoignages de soldats, par exemple, qui ont eu peur de mourir et ont vécu ce que l'on appelle des sorties de corps. Des psychiatres se sont intéressés à ces phénomènes.
La connaissance n'arrive pas que par le mental mais aussi par des intuitions contemplatives, dites-vous encore. S'agissant de la manifestation des esprits, le sujet n'est finalement pas nouveau pour vous ?
La tradition orientale, dont la spiritualité bouddhique tibétaine, est riche en récits de ce genre. L'âme marquée par l'endroit où s'est produit la mort, souvent accidentelle et violente, y reste fixée comme un aimant. L'éveil spirituel doit justement libérer l'âme de cette forme d'attachement pour la mener au Nirvana, état de béatitude absolue. Les prêtas sont des êtres qui ne sont pas parvenus à l'éveil spirituel, et qui peuvent errer ainsi longtemps en ce monde. Ils se réincarnent le plus souvent.
Quel regard portez-vous aujourd'hui sur notre époque ?
Dominique Lormier : Dans les années 68/ 70, nous avons vu l'envers du décor, avec la recherche de sensations, notamment dans l'usage du LSD. Nous épurons tout cela, petit à petit, pour tendre vers plus de spirituel et moins de matériel. Il s'agit d'une conscience planétaire qui est en train de se mettre en mouvement, dont le Daïla-Lama parle souvent.
Pour Dominique Lormier la chose est entendue : « De nos jours, la science quantique avance clairement la possibilité de la survie de l'âme. Il pourrait exister un autre " état" de l'univers, invisible pour nous, où l'entropie laisse place à la néguentropie. En d'autres termes, un univers immatériel où tout irait vers une organisation croissante, où le temps aurait les propriétés de l'espace, où l'esprit trouverait sa véritable mesure : un univers où des notions telles que la maladie, la vieillesse ou la mort n'existerait pas. » Un livre à lire pour celles et ceux qui douteraient encore de l'existence des fantômes.




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