Publié le 21/08/2011
Marie-Christine et Yves Lignon - Voyance, spiritisme... Médiums, le dossier
De la naissance du spiritisme aux voyants d'aujourd'hui...
« Médiums : Le dossier » est la première étude dédiée à ce thème publiée en France depuis plus de quarante ans.
Un ouvrage de Marie-Christine et Yves Lignon qui évoque un siècle et demi de médiumnité à travers le parcours de ses acteurs les plus représentatifs et la description détaillée des expériences les plus troublantes.
Votre livre « Médiums, le dossier » est la première étude du genre, publiée en France, depuis 40 ans; Comment est née l'idée de cet ouvrage ?
Marie-Christine Lignon : Il y a bien longtemps que cette idée me trottait dans la tête, surtout au moment des fêtes du Nouvel An où l’on nous rebat les oreilles avec les prédictions de pseudo-médiums.
Ceci sans penser un seul instant que j'avais à portée de main tous les exemplaires de la Revue Métapsychique (1919-1940), qu'un des fils d'un abonné de la première heure nous avait offert. De la première à la dernière ligne je me suis alors plongée dans cette lecture, lecture qui m'a incitée à aller voir plus loin dans d'autres Revues étrangères que j'avais pourtant aussi sous les yeux.
Désormais tous ces livres sont placés au bas de ma bibliothèque car pour les consulter je dois me plier en deux, m'agenouiller en quelque sorte. C'est pour moi comme un hommage à ces êtres exceptionnels et à ceux qui nous les ont fait connaître.
Votre ouvrage retrace un siècle et demi de médiumnité...
Marie-Christine Lignon : Un travail de longue haleine (4 ans), puisque je n’utilise pas Internet, préférant de beaucoup compulser livres, revues françaises, anglo-saxonnes, italiennes et autres documents le plus souvent d’époque.
N’allez pourtant pas croire que je me suis transformée en rat de bibliothèque ou de médiathèque, car depuis plus de trente ans, j’ai eu l’opportunité et la chance de pouvoir enrichir considérablement mon fonds personnel. C’est donc tout tranquillement que je me suis mise au travail, confortablement installée chez moi.
L'histoire débute le 31 mars 1848 avec le cas des soeurs Fox, pouvez-vous nous rappeler dans les grandes lignes cette anecdote ?
Marie-Christine Lignon : L'histoire des sœurs Fox est évoquée dans le livre de mon mari : « Quand la science rencontre l'étrange » (éditions Les 3 Orangers, 2004).
Grosso modo ce sont ces jeunes américaines qui ont découvert le phénomène de la table tournante et ont, les premières, prétendu communiquer ainsi avec l ' "esprit" d'un mort.
Je crois qu'on peut dire d'elles ce que nous écrivons à propos d'autres médiums dans notre livre : "Vrai mais pas toujours". Ignorant que le phénomène ne se produit que par intermittence elles ont pu quelquefois donner un coup de pouce. Margaret Fox est d'ailleurs revenue sur ses aveux et l'histoire reste très confuse.
Entre temps le spiritisme s'était répandu aux quatre coins du globe. Si les États-Unis ont vu naître le phénomène, c'est la France qui a donné l'impulsion à la doctrine spirite, Allan Kardec en reste vous le rappelez, l'initiateur...
Marie-Christine Lignon : C'est un homme qui, a adhéré sincèrement à une double idée : celle de la survie et de la possibilité pour les "esprits" de se manifester dans le monde des vivants. A partir de là, Allan Kardec a construit une doctrine philosophico-religieuse à laquelle il a consacré le reste de sa vie jusqu'à mourir d'épuisement.
Toutes proportions gardées on peut comparer son rôle à celui joué par Saint Paul dans le développement du catholicisme. Parce qu'indiscutable, son honnêteté intellectuelle est respectable y compris par ceux qui ne partagent pas ses idées.
En 1870, environ 500 000 français s'adonnent au spiritisme, ce chiffre ne cesse de grandir jusqu'à une interruption brutale du phénomène en 1940...
Marie-Christine Lignon : Le spiritisme est resté bien longtemps un mouvement de masse. Il suffit, pour s'en convaincre, de prendre connaissance (pour la période 1870 6 1940) du nombre de participants dans les congrès ou du montant du tirage de la presse spécialisée sans oublier l'existence d'organismes comme les sociétés mutualistes.
Pourquoi le spiritisme de masse n'a-t-il pas survécu (sauf en Amérique du Sud et encore sous une forme syncrétique) au changement d'époque marqué par la Seconde Guerre Mondiale ?
La question est véritablement intrigante mais il faudrait d'abord la poser aux historiens ou aux sociologues.
Constatons tout de même que les traces laissées sont nombreuses, profondes et indélébiles puisque la tombe d'Allan Kardec, au Père Lachaise est toujours couverte de fleurs et que, encore aujourd'hui, innombrables sont celles et ceux qui ont entendu parler d'esprits et de tables tournantes.



''Médiums : le dossier'', une réflexion singulière sur les questions que la médiumnité ne cesse de poser à la science? une approche aussi sérieuse que divertissante de l'histoire et de l'actualité de la médiumnité
Il semble aussi que dés l'entrée du XXème siècle, les scientifiques se décident à réellement ''contrôler'' les phénomènes et instaurent dans ce cadre '' La métapsychique'', de quoi s'agit-il ?
Marie-Christine Lignon : Le mot «Métapsychique » qui veut dire « qui est au-delà du psychique » a été proposé en 1905 par Charles Richet (qui devait obtenir le Prix Nobel de médecine quelques années plus tard) alors Président de la Society for Psychical Research de Londres.
Dans l’histoire de cette « science nouvelle », deux jours sont à marquer d’une pierre blanche : Le 13 février 1922, Richet présente à ses collègues de l’Académie des Sciences son fameux Traité de Métapsychique qui vient d’être achevé et qui résume un demi-siècle de labeur :
« …J’ai voulu – dit-il dans l’avant-propos - tenter d’écrire un livre de science, non de rêve. Je me suis contenté d’exposer les faits et de discuter leur réalité, non seulement sans prétendre à une théorie, mais même en mentionnant à peine les théories, car celles qu’on a jusqu’ici proposées en métapsychique, me paraissent d’une fragilité effarante…»
On peut résumer en trois mots les trois phénomènes de cette science nouvelle.
1° La cryptesthésie (lucidité des auteurs anciens).
2° la télékinésie : c’est-à-dire une action mécanique qui s’exerce sans contact.
3° L’ectoplasmie (matérialisation des auteurs anciens)…»
1925, Charles Richet, 75 ans, met fin à sa carrière d’enseignant et de chercheur à la Faculté de Médecine de Paris.
Il décide alors que sa dernière leçon portera exclusivement sur la métapsychique. Par courtoisie il en informa le doyen qui refusa et lui conseilla de consacrer son avant dernière leçon à la métapsychique. Elle eut lieu le 24 juin 1925 devant des gens de science de tous âges et devant des étudiants ,elle fut l’objet d’une publication in extenso dans La Presse Médicale du 27 juin 1925.
« (…) Avant tout il faut définir la métapsychique. Nous dirons qu’un phénomène est métapsychique quand il n’est pas explicable par les faits connus, classés, classiques, soit de la psychologie normale, soit de la mécanique normale, soit de la physiologie normale (…) ».
En définitive, grâce à Richet, la métapsychique est entrée dans le cadre de la Science en se débarrassant de l’occulte.
De nombreuses figures jalonnent les pages de ''Médiums le Dossier ''. Nous avons évoqué Kardec, les soeurs Fox, d'autres sont moins connues, parmi celles ci, Pascal Forthuny qui semble avoir été l'un des premiers à avoir donné une sorte de crédibilité à la médiumnité. Les voyants d'aujourd'hui lui doivent-ils beaucoup ?
Marie-Christine Lignon : Je ne pense pas, car Forthuny dont le don s’est révélé tard dans sa vie donnait des séances publiques devant une centaine de personnes à l’Institut Métapsychique uniquement par dévouement désintéressé pour la recherche scientifique alors que sa vie professionnelle était déjà bien remplie.
Fondateur de L’œuvre d’Art. Collaborateur des principales revues d’art décoratif, chargé de mission par le gouvernement pour les Arts décoratifs, critique d’art, peintre, musicien, auteur de pièces de théâtre, romancier, conférencier, diplômé de langue chinoise, ayant aussi appris l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’italien et le portugais, ce qui lui sera très utile quand il deviendra chroniqueur à la Revue Métapsychique.
Notre gentil Forthuny n’a jamais capitulé même quand le Dr Osty lui a imposé de faire travailler sa faculté non plus à l’égard d’une personne mais dans la salle vide, avant séance, à l’égard d’une personne devant s’asseoir au hasard, sur une chaise, désignée au hasard. Nous ne sommes plus en 1926, mais tout de même !
J’ajouterai que cette fameuse expérience de la chaise vide a été reprise et perfectionnée à partir de 1947 aux Pays-Bas par le Pr Tenhaeff qui l’a réalisée près de 400 fois à un sujet exceptionnel : Gérard Croiset.
On le constate en lisant '' Médiums, le dossier'', l'histoire fait parfois preuve d'une certaine ingratitude à l'égard de ces ''sujets exceptionnels''... Pascal Forthuny en est sans doute l'un des meilleurs exemples, l'histoire semble l'avoir oublié...
Marie-Christine Lignon : Oublié, certes, mais il n’est pas le seul. C’est pourquoi nous projetons de créer une collection spécialisée car il n’existe malheureusement pas en France de politique éditoriale permettant au grand public de découvrir les textes fondamentaux de la recherche métapsychique. Cela permettra de rééditer entre autres le livre du Dr Osty : Pascal Forthuny, une faculté de connaissance supranormale (Paris, Alcan 1926).
Quant à La Revue métapsychique (1920-1940), qui pourrait faire l’objet d’une thèse, j’avais commencé à mettre en ligne, il a quelques années, des versions abrégées de l'intégralité des articles publiés. C’est un travail colossal mais passionnant que je vais reprendre en septembre prochain.
Il faut préciser aussi que sous l’influence américaine, la recherche a complètement changé d’orientation en délaissant l’approche qualitative qui faisait appel à l’étude intensive des médiums ou voyants au profit de celle quantitative avec une évaluation mathématique. Des résultats expérimentaux obtenus par des personnes prises au hasard.
Dans ''médiums, le dossier'' une phrase revient souvent '' Vrai mais pas toujours'', correspond t'elle à votre approche aujourd'hui de la médiumnité ?
Marie-Christine Lignon : Nous voulons simplement dire par là que certains médiums, indiscutablement capables de produire des phénomènes parapsychologiques authentifiés, ont aussi pu frauder quelquefois pour les raisons les plus diverses .
Après un large chapitre consacré aux médiums et à la guerre froide, vous évoquez Maud Kristen, une des voyantes les plus célèbres de France et Yolande Dechatelet que le grand public ne connaît pour ainsi dire pas, pouvez-vous nous la présenter ?
Marie-Christine Lignon : Yolande Dechatelet est en effet un médium peu médiatisé (bien que notre ami le journaliste scientifique Jocelyn Morisson lui ait conscré un livre : « La voyante et les scientifiques » ( Les 3 Orangers) car elle ''travaille'' bénévolement et dans la discrétion. C’est un choix personnel.
Il y a bien des années, suite à une voyance olfactive elle est venue demander à la science de l’aider à comprendre ce qui lui arrivait . La science n’a pu lui donner de réponse car, pour l’instant, en parapsychologie, on n’explique pas, on constate.
Elle n’est pas repartie fâchée mais a au contraire accepté de se lancer dans l’aventure en se pliant toujours avec le sourire, plusieurs fois par semaine et pendant de nombreuses années, aux exigences des scientifiques qui l’ont soumise à de nombreuses expériences très souvent rébarbatives. Et çà a marché, ce qui l’a incitée à aider son prochain. Elle le fait avec amour et surtout sérieux puisqu’elle ne reçoit qu’une ou deux personnes par jour.
Deux médiums ont passé l'épreuve du contrôle scientifique, pourquoi sont-ils si peu nombreux à se porter candidats ?
Marie-Christine Lignon : Les portes des Laboratoires de Parapsychologie du monde entier sont largement ouvertes à toute personne qui pense – ou déclare - posséder le don de médiumnité et ceci parce que ceux qui travaillent dans ces laboratoires sont convaincus de la réalité des phénomènes répertoriés autrefois par Richet.
Ceci dit, on comprend facilement que la foule des charlatans évite de prendre des risques car le passé et le présent montrent qu'il n'y a pas plus persévérant et malin qu'un chercheur scientifique en parapsychologie quand il s'agit de démasquer un fraudeur.
D'autre part il est possible que des personnes, véritablement douées de médiumnité, n'éprouvent tout simplement pas le besoin de chercher une caution scientifique. Ces personnes associent leur don à une conception de l'existence qui se passe fort bien de la science.
Est-ce la raison pour laquelle vous avez conclu votre dossier sur une sorte de diatribe du monde de la voyance ?
Marie-Christine Lignon : Il me semble incontestable qu'on trouve une majorité de charlatans parmi celles et ceux qui cherchent à gagner de l'argent en se qualifiant de médiums.
Il suffit d'entendre leurs déclarations, de lire leurs publicités pour constater que ce que ces gens disent de leurs prétendues capacités n'a aucun rapport avec ce que la science a constaté en étudiant des médiums véritables. Le problème commence là parce que le public est mal informé et ignore de quoi est capable un médium authentique.
Il y a aussi un aspect social. Le faux médium est un cynique qui exploite la détresse morale ou psychologique en jouissant d'une quasi-impunité. Nous avons archivé une grande quantité de témoignages de victimes et ils sont fréquemment poignants.
Livre : ''Médiums : le dossier'' de Marie-Christine et Yves Lignon-Editions Les 3 orangers. Site officiel du Laboratoire de Parapsychologie de Toulouse (GEEP) présidé par Yves Lignon.
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