Publié le 25/04/2010
Ernest Billaudot - Le voyant de Victor Hugo et de Napoléon III
« Le Mage Edmont vient de m'annoncer de graves ennuis que je ne vais pas tarder à subir » prononça un soir, dans un cercle très fermé, l'auteur des Misérables, de Ruy Blas, d'Hernani et d'autres œuvres littéraires, Victor Hugo.
Le féru d'ésotérisme, d'astrologie, de cartomancie et de chiromancie, Ernest Billaudot, avait vu juste : celui qui, au début de la Révolution de 1848, est élu député de la deuxième République, siège parmi les conservateurs et se bat contre ses anciens amis politiques dont il réprouve la politique réactionnaire; il s'exilera après le coup d'État du 2 décembre 1851. Plus tard, le voyant prédira cette fois la capitulation de Napoléon III à Sedan. Lors d'une séance, en 1854, il annoncera également la Première Guerre Mondiale, qu' il prendra le soin de décrire dans ses cahiers intimes.
Qui était cet homme dont le portrait aurait pu ressembler à un personnage de Balzac, un homme solide et serein dont les yeux clairs étaient empreints de bonté ? Né à Poilly-sur-Serein dans l'Yonne, en 1829, le jeune homme avait à peine 20 ans lorsqu'il connu ses premiers succès dans ce que l'on a coutume d'appeler la haute société parisienne. En peu de temps ses voyances prennent une dimension importante dans la capitale : ''elles sont infaillibles !''
Consultations d'écrivains célèbres
Alexandre Dumas, Victor Hugo, Eugène Sue mais aussi Napoléon III le consultent à de nombreuses reprises. « Cet homme a su voir en moins un poète épris de liberté faisant face à l'oppression » prononce Victor Hugo devant ses amis réunis dans un salon parisien, après les prédictions du voyant. " Impossible, vous êtes maire du VIII ème arrondissement, député de Paris à l'Assemblée législative. « Vous n'avez rien à craindre ! » « Cet homme est un homme sincère; il ne se trompe pas; il a interrogé son tarot et m'a annoncé un prochain exil auquel je crois profondément. Il est entraîné par moments dans d'autres dimensions du temps » poursuit l'écrivain. Dans cette France de 1848, le peuple est bousculé : il vient juste de s'organiser autour de la Seconde République. Pour Victor Hugo, il n'y a aucun doute : « l'invisible est le cœur du visible et certains hommes, comme Ernest Billaudot, ont été choisis pour entendre battre ce cœur. »
Rencontre avec Napoléon III
Quelques années plus tard, le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte fait un coup d'état; il se fait couronner empereur sous le nom de Napoléon III. De Jersey, Victor Hugo rédige des publications contre celui qu'il appelle désormais Napoléon le petit. L'écrivain sera une nouvelle fois expulsé de Jersey et devra se rendre à Guernesey. le mge Edmont avait-il vu juste à deux reprises ? Lorsqu'il sera invité par Napoléon III au Palais des Tuileries, le contexte politique aura cette fois changé. Mais peut-on ou doit-on tout dire à un souverain, l'un des hommes les plus puissants du monde ? Sur le trajet qui le mène au Palais, vêtu de sa tunique de lin blanc ceint d'une ceinture de mage, l'homme tient entre les mains un jeu de cartes qu'il a lui-même dessiné et annoté.

Le tirage tragique
A son arrivé, Ernest Billaudot demande à Napoléon III de tirer sept lames, lira-t-on plus tard dans les notes prises par le mage. Le consultant s'exécute. Billaudot est soudain envahi d'une profonde tristesse nourrie d'un doute : doit-il dire au souverain, ce que les cartes annoncent ? Jamais il n'a vu un tel jeu ! La carte 52, le cloître, symbolisant la prison, est alignée à côté de la carte 50 celle de la ruine... Six cartes sur sept révèlent des épreuves probables auxquelles Napoléon III va devoir faire face. Ernest Billaudot hésite. « Dites-moi, que voyez-vous ? » s'impatiente le souverain. « Je crains majesté, que si vous faites la guerre de Prusse..., vous allez être traqué comme un sanglier... Vous serez contraint de capituler. » Les propos d'Edmond Billaudot sont sans appel. Napoléon III se lève et congédie celui qui a osé lui prédire une défaite militaire. La guerre contre la Prusse eut lieu le 1er septembre 1870. Elle entraînera la défaite de Sedan et la destitution de Napoléon III. La troisième République allait naître.
La dernière prédiction
Ernest Billaudot fut aussi consulté par les écrivains Alexandre Dumas et Eugène Sue, auteur du Juif errant et des Mystères de Paris, qui lui consacrera un éloge dans ses Mémoires. En juin 1854, le voyant écrivait : « ... en regardant le ciel couvert de nuages gris, j'ai vu que les nuages se transformaient en quantité de fusils gigantesques avec leurs baïonnettes... » Un combat terrible s'engagea alors, les morts tombaient du ciel comme une grêle... un bruit épouvantable se fit entendre dans les airs, semblable à un bouquet de feu d'artifices dont chaque étincelle était le corps d'un soldat français. Billaudot avait-il vu cette fois-là la guerre des obus et des tranchées de 1914 ? Il mourut en 1881, reconnu par beaucoup comme un grand visionnaire de l'Histoire.
L'héritage du mage Edmont
L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais c'était sans compter sur les facéties du destin... En 1950, Marcel Belline retrouve dans le grenier d'une amie, un jeu de cartes divinatoires et un cahier rédigé par Ernest Billaudot en 1865. La scène se déroule rue du Cherche-Midi à Paris dans l'ancienne chambre du mage Edmont. Belline édite l'oracle qui deviendra l'un des supports les plus utilisés en matière de divination : L'oracle Belline.
Portraits sur besoindesavoir.com
Sources : Victor Hugo-Mémoires-Debrozy & Bachelet-Dictionnaire des biographies (Delagrave)-Les grands visionnaires-Belline (Albin Michel) .




Commentaires
Ajouter un commentaire
En publiant ce message, vous vous engagez à respecter la charte du forum besoindesavoir.com dont vous reconnaissez avoir pris connaissance. Le modérateur se réserve le droit de supprimer tout sujet ou message non conforme à la charte de publication du forum. Merci pour votre contribution !