Publié le 06/04/2010
Eusapia Paladino sous l'influence de John King
« Il y a beaucoup de Docteurs, de Professeurs; beaucoup de Comtes, de Princes et de Rois, mais il n'y a au monde qu'une seule Eusapia Paladino » disait le médium napolitain en parlant d'elle. Excès de vanité ou nécessité de se protéger contre ses détracteurs ?
Sans nécessairement s'entourer de mystères ou de se revêtir d'une aura particulière, Eusapia Paladino a, pendant toute sa vie, intrigué. Des expériences troublantes souvent validées et rarement contestées ne l'ont pourtant pas empêchée, à plusieurs reprises, de faire preuve de supercherie pour des raisons connues d'elle seule. « Tout cela n'est qu'un jeu, c'est une très bonne illusionniste et on ne comprend pas pourquoi elle n'exerce pas dans un cirque ! » critiquait un jour un savant français. Si tel avait dû être le cas, pourquoi alors tant de médecins, de parapsychologues, de scientifiques se sont autant intéressés à elle, lui demandant de se livrer à des centaines et des centaines d'expériences partout en Europe ?
Des signes de médiumnité dès l'enfance
Eusapia Paladino est née en 1854, à Minervo-Murgen, dans la région des Pouilles, région d'Italie située au sud-est du pays. Sa mère décède après l'avoir mise au monde et son père meurt peu de temps après; elle est ainsi recueillie par sa grand-mère. La petite orpheline entend très jeune des sons, croit voir des fantômes. A 14 ans, elle commence à travailler comme servante dans une famille italienne qui pratique des séances ésotériques. Ce sont eux qui la présentent à un spirite, Damiani. Au cours d'une de ses transes, la jeune fille se liera à un personnage qu'elle décrira comme un homme barbu, John King, et qui restera toute sa vie, raconte-t-on, son guide spirituel.
Certes, aucune biographie n'a été écrite sur le parcours intime de cette femme spectaculaire et les propos tenus à son endroit doivent peut-être être relativisés au regard des changements d'humeur dont elle souffrait, à la limite de l'hystérie. Si son psychisme et son métabolisme ont souffert de cet état particulier, ceci ne peut que relancer la question : comment Eusapia Paladino pouvait-elle alors développer autant de facultés ?

Des expériences qui s'enchaînent à l'infini
En 1892, 147 séances ont lieu dans un appartement milanais. On contrôle les mains du médium qui commence à gémir, avant d'être en transe et de prononcer d'une voix rauque : " maintenant j'apporte mon médium sur la table". Elle se transporte ainsi avec sa chaise sur la table et se pose. Les savants présents constatent les phénomènes de lévitation et diront en fin de séance : « ces exercices faites par des hommes de science connus doit être considérée comme une série de preuves pour ainsi dire irréfutables de l'existence réelle de l'occultisme. »
Entre 1905 et 1908, à Paris, Eusapia Paladino se livrera à 47 autres séances à l'Institut général de psychologie. Ses forces, d'apparence physique, sont déroutantes. Dans un cercle organisé à Paris, les spécialistes observeront les effets de l'état de transe de la femme italienne, qui dans des sanglots et d'apparentes souffrances, avait fait intervenir un bras pour soulever les doubles rideaux d'une fenêtre, saisir un guéridon et le déplacer après que des coups aux portes et sur les planchers de l'étage supérieur aient été entendus. Le bras énorme semblait se traîner sur le parquet de la pièce, apparaissant et disparaissant devant le public. Au cours de la séance, le bras ne réussira pas à sortir pleinement un autre guéridon situé dans un cabinet séparé par deux rideaux. Le meuble fournira des efforts pour se dégager en se déplaçant de droite à gauche ... au même rythme que la propre tête d'Eusapia Paladino en pleurs.
Tout le monde veut savoir et comprendre
Lorsque l'astronome français, Camille Flammarion, fera sa connaissance en 1898, il dira d'elle : " je savais qu'elle avait 43 ans et je crus voir une vieille femme". Plusieurs années auparavant, Eusapia Paladino s'était déjà livrée à des expériences à Varsovie et les moyens mis en oeuvre avaient été colossaux : arsenal scientifique, détecteur à infrarouges, systèmes électriques. Parmi les invités qui ont participé aux nombreuses séances en France, on retrouve, à plusieurs reprises, Henri Bergson, Pierre et Marie Curie, le professeur Richet, les physiciens Arsonval et Branly, le savant Ferrié, le médecin et criminaliste italien Lombroso. Chacun observe et note. On augmente aussi la complexité des épreuves auxquelles le médium se soumet.
En 1902, à Gênes, lorsqu'elle arrive dans une pièce dont l'éclairage a volontairement était baissé, les invités fouillent ses vêtements, l'attachent à un lit de fer blanc dans l'attente. Tous le savent désormais : avec Eusapia Paladino, il se passe toujours quelque chose ! Pour les habitués de séances spirites, une table qui tape des pieds, qui tourne et qui parfois virevolte n'a rien de si spectaculaire. Les habitués se contentent de regarder. Mais lorsque plus tard dans la soirée, on aperçoit la tête, les épaules et le buste d'une jeune femme blanchâtre, le trouble grandit. L'un des membres de L'assemblée est bouleversée : il reconnaît l'un de ses enfants décédés.
Partout en Europe, chaque groupe de travail fait ainsi ses commentaires sur ce qu'il " voit et entend" . Une vingtaine de spectateurs français installés devant la table où est assis le médium entouré de cinq autres personnes composant une chaîne magnétique, doit aussi se rendre à l'évidence : la table est restée suspendue à trente centimètres du sol, pendant trois ou quatre secondes; quant au guéridon, il a obéi à l'appel du médium qui lui disait : " viens, viens", en trébuchant et en s'avançant vers elle. Dans la pénombre, la totale obscurité ou en pleine lumière, les spectateurs constatent ainsi les "pouvoirs" d' Eusapia Paladino.

Des mises en scène onéreuses
On raconte que le médium avait aussi le sens des affaires et qu'assister à l'un de " ses spectacles " était coûteux . Italie, France, Allemagne, Pologne, Russie, Eusapia Paladino court le monde afin de répondre à l'appel de tous. Les démonstrations de son pouvoir passionnent et intriguent à la fois; elle produit des phénomènes de télékinésie et de lévitation dans des conditions extraordinaires : elle matérialise des fleurs, appelle des souvenirs de morts à travers son guide spitituel John King, provoque des empreintes de mains et de visages dans l'argile humide. Elle fait léviter des tables et fait jouer des instruments de musique sans les toucher. Dans une séance à Varsovie, on raconte que malgré avoir eu les mains attachées, elle réussira à " faire jouer " un piano situé à 35 centimètres d'elle.
Le dilemme de la preuve scientifique
Malgré de nombreux reproches qui lui sont faits, Eusapia Paladino continue de se prêter à des expériences en tout genre. En 1893, le professeur Ochorowicz invite Eusapia Paladino à se rendre à Varsovie. Il a inventé un procédé pour contrôler les gestes du médium. Il espère confondre son Invitée, en lui demandant de poser ses pieds dans des boîtes au fond desquelles se trouvent des dispositifs électriques. Rien n'y fait. En Italie, en 1908, trois savants décident de contrôler eux-mêmes les facultés d' Eusapia Paladino. On lie encore ses pieds mais cette fois aux pieds des deux chaises sur lesquelles sont assis les contrôleurs; on attache ses mains à leurs propres poignets afin de l'immobiliser. Eusapia Paladino soulève une table complètement, fait bouger un fauteuil placé à côté et une chaise avance et recule. Au cours des 11 séances italiennes, les experts identifieront 470 phénomènes différents et diront : « jamais nous n'avons réussi à prendre Eusapia Paladino en flagrant délit de truquage.»
Des tentatives de supercherie
Evoluant dans les salons de la haute société du XIXe siècle, elle se livrera ainsi toute sa vie à toutes sortes de phénomènes psychiques et déclenchera des matérialisations. Malgré la popularité d'Eusapia Paladino et son énergie de médium, on voudra la prendre en flagrant délit d'imposture. Alors que de nombreux Européens de l'époque la considèrent comme un authentique médium, affirmant qu'elle n'utilise pas d'artifices, aux États-Unis, elle est qualifiée de tricheuse. Il faut le reconnaître : à plusieurs reprises, Eusapia Paladino est prise en flagrant délit de fraude.
Spécialiste des questions métaphysiques, le docteur Maxwell, la surprend tenant dans la main un cheveu qui lui permet de déplacer une pièce de jeu d'échecs à distance. D'autres encore dénoncent le fait qu'elle souffle en se servant de ses doigts pour déplacer les objets dans la direction voulue. Les avis des uns et des autres restent parfois embrouillés : s'agit-il de médiumnité ou d'illusionnisme ?
Eusapia Paladino est morte en 1918. On disait d'elle qu'elle était illettrée. Elle s'est mariée une première fois à Naples, avec un commerçant du nom de Raphaël Delgaiz. Tenant avec son époux un petit commerce, elle n'aura pas eu l'occasion de rester en Italie très longtemps, prise toute sa vie par ses nombreux déplacements. C'était une femme de taille moyenne, brune, à la silhouette enveloppée. Lors d'une de ses nombreuses rencontres avec des prestidigitateurs et des illusionnistes, l'un d'entre eux épousera, à la fin de sa vie, Eusapia Paladino devenue veuve. Espérait-il ainsi découvrir " ses trucs" en partageant sa vie commune avec une femme vieillissante ?
Après le décès d' Eusapia Paladino, le jeune époux ne pu jamais reproduire les phénomènes de celle qui avait tant fait parler d'elle du temps de son vivant et qui reste une référence dans le monde du spiritisme.




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