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Publié le 07/03/2010

Hantises, sorcellerie, OVNI... Lorsque l'étrange dérange, la Gendarmerie enquête !

Hantises, sorcellerie, OVNI... Lorsque l'étrange dérange, la Gendarmerie enquête !

L'époque est-elle sociologiquement un terrain favorable à la sorcellerie, à l'occultisme ou à toute autre approche mystique ?

Des témoignages surprenants sont parfois enregistrés dans les brigades de Gendarmerie, alourdissant un peu plus les dépôts de plaintes et en rebond les enquêtes. Sans parler des personnes qui prophétisent ou contribuent à alimenter le trouble à l'ordre public.

Phénomènes paranormaux, sorcellerie, dérives sectaires quelle est l'actualité dans les brigades en 2010 ?

Faits et interprétations des faits

En Normandie, dans le pays d'Auge, les brigades de Gendarmerie reçoivent des appels et des courriers surprenants.

Poursuivis par des fantômes, persécutés par des esprits maléfiques, investis d'une mission ou d'un pouvoir pour se venger, les gendarmes doivent apprécier les opportunités d'intervention et les auditions sont plus lourdes à traiter : «  Dans le passé, nous traitions ces témoignages sans passer par l'usage d'un ordinateur, ni de procédures complexes et avions un rôle de médiateur pour régler ces faits qui inquiétaient les gens » explique l'un des officiers de la brigade de recherches.

« L'assureur m'a dit ceci, l'avocat m'a dit cela, nous sommes aujourd'hui des subordonnés de services publics auprès de gens qui veulent faire valoir leurs droits alors que les affaires ne relèvent pas nécessairement du domaine judiciaire. ».

Plus contraignant encore pour les militaires : «  Les gens se plaignent lorsque l'on n'adhère pas à leurs idées, exigeant une prise en compte de leurs croyances. »

Connaissez-vous votre agresseur ? questionne un jour un gendarme après avoir enregistré la plainte d'une femme pour viol «  Oui c'est le Saint-Esprit ». Stoppant la procédure, le gendarme propose alors de raccompagner la plaignante.

Dans une lettre adressée au Parquet, elle dénoncera plus tard le " mauvais traitement " infligé par le militaire qui l'avait reçue. Un autre gendarme raconte encore : «  Depuis plusieurs semaines, nous sommes sollicités par une personne persuadée d'être écoutée par un réseau d'espionnage ».

Les notes recueillies lors des auditions s'accumulent dans les bureaux. Cette personne, en charge d'un commerce, est-elle paranoïaque ?

Jusqu'où cette affaire ira-t-elle ?

Les enquêtes embarquent ainsi les gendarmes dans les méandres de procédures pesantes, devant rendre compte, après audition, des courriers que les plaignants adressent désormais aux Préfets, aux Procureurs de la République, voire au Gouvernement.

Jean-Marie de Saint-Aubert, Chef d'escadronde la Compagnie de Gendarmerie de Deauville.

Des relations délicates

Les gendarmes le confirment : toute personne ( entendons ici toutes les catégories socioprofessionnelles ) peut, un jour ou l'autre, se laisser embarquer dans une situation qui se retourne contre elle .

«  Lorsque les référents ont sauté, qu'ils soient familiaux ou religieux, les déviances arrivent ». Une autre réflexion qui fait ainsi référence à un couple schizophrène . «  Ces personnes avaient un affichage normal, mais leur positionnement social a rendu le travail délicat pour la Gendarmerie » .

Un témoignage en entraîne un autre : «  Il arrive aussi que l'agitation gagne la personne et que la presse s'empare maladroitement du sujet. Une propriétaire était persuadée que sa maison était hantée par un esprit frappeur. Après une mobilisation pendant plusieurs jours, nous avons fini par trouver l'auteur des troubles nocturnes : il s'agissait d'un loir ».

Il y a aussi d'autres affaires et d'autres enquêtes : disparition de personnes, conflits et agressions entre voisins, menaces de morts, vols apparemment inexpliqués.

Enquêtes et experts

S'agissant de qualifications et d'expertises particulières, les unités de recherches de la Gendarmerie assistent les brigades territoriales, prenant à leur charge les enquêtes nécessitant une technicité particulière.

A Rosny-sous-Bois, l'IRCGN ( institut de recherche criminalistique de la Gendarmerie Nationale ) réalise également des examens et des expertises réclamées par les unités de terrain ou les magistrats, dans le cadre d’enquêtes judiciaires ( crimes et de lieux de catastrophe ).

Mais à la différence des pays anglo-saxons, la parapsychologie, n'est pas reconnue comme une science à part entière ; les enquêteurs judiciaires français ne font pas appel aux praticiens du paranormal.

Les gendarmes en brigades, ayant connaissance de praticiens sur leurs secteurs, font-ils néanmoins appel à eux pour les aider ? Parfois. Avec quel pourcentage de réussite ? La réponse est plus complexe à donner.

Ndlr : Michel Hennique, radiesthésiste , a collaboré avec la Gendarmerie dans le cas d'enquêtes de personnes disparues. «  Les résultats varient avec l’ancienneté de la disparition, la qualité des éléments fournis et les moyens mis en œuvre pour retrouver la personne. Lorsque la recherche m’est communiquée dans les 48 h, j’obtiens les meilleurs résultats. Mais je n’accepte pas d'affaires datant de plus de 2 mois, car j’ai de grandes difficultés à organiser ma recherche. Dans tous les cas la collaboration avec une brigade me permet de connaître le résultat de mon travail, même si je ne possède pas, comme elle, les moyens en hommes et en matériel, dont elle dispose ».

Un gendarme témoigne d'une affaire traitée en Normandie : «  Nous avons fait appel à une voyante afin d'aider à retrouver le corps d'une personne décédée, mais les résultats n'ont pas été concluants : ses indications étaient à l'opposé de l'endroit où nous avons retrouvé le corps de la victime ».

Un autre gendarme relance: «  S'agit-il d'un don ou d'une interprétation intellectuelle plus poussée pour définir un acte avec son environnement ? ».

Si le débat reste ouvert sur le sujet, certains militaires peuvent avoir des affinités ou des sensibilités particulières pour traiter des affaires " délicates ". « En police judiciaire, certains gendarmes sont capables d'avoir une interprétation poussée lors d'analyses de scènes de crime et ont des qualités humaines et psychologiques plus aiguisées » : commente le chef d'escadron.

 

A Rosny-sous-Bois, l' IRCGN ( institut de recherche criminalistique de la Gendarmerie Nationale ) réalise également des examens et des expertises  dans le cadre d’enquêtes judiciaires ( crimes et de lieux de catastrophe ).

L'irrationnel gagne du terrain

Les comportements " désordonnés " de personnes (entendons ici troublés voire déstructurés ) constatés par la Gendarmerie ne naissent pas du hasard mais de la nécessité : nécessité d'être pris en charge, d'être écouté, d'être reconnu.

La perte de repères, le dégagement de la réalité et des responsabilités ajoutées à une multiplication de sollicitations en tout genre, sont-ils générateurs de troubles de comportements aujourd'hui plus qu'hier ?

«  Les personnes sont de plus en plus fragiles et livrées à elles-mêmes. La télévision, la publicité, la radio sollicitent de plus en plus les gens, infantilisent la société et en rebond créent des comportements d'assistanat lorsque les personnes ne sont pas construites intellectuellement et sont influençables.

Dans les affaires que nous traitons, le gendarme représente le premier élément d'autorité de rencontre avec la réalité, le concret, quand il dit stop à la plaisanterie. Mais il ne peut pallier pour autant les carences de personnes incultes ou peu construites intellectuellement ».

À ces faits se surajoutent la généralisation de la drogue et la destruction chimique des cerveaux : « le hashich augmente en THC ( Le THC est une molécule qui possède un caractère psychotrope et induit des modifications de la perception, des sensations , de l'humeur et de la conscience) et l'héroïne et la cocaïne se consomment jusqu'au fin fond de nos campagnes » : explique le chef d'escadron Jean-Marie de Saint-Aubert.

Le constat en Gendarmerie est sans appel : l'irrationnel gagne du terrain. Y a-t-il alors un marché de la misère affective et intellectuelle sur lequel se sont positionnés des prédateurs en tout genre ?

Réponse : Encore oui. « Tant que l'on n'est pas dans l'escroquerie, ou l'abus de personne en détresse, toute personne a sa liberté de croyance » appuie le Commandant de la Compagnie, faisant ainsi référence aux praticiens du paranormal.

« Malheureusement dans l'utilisation mercantile de dons, il y a toujours un fond d'escroquerie et des gens intelligents savent parfaitement manipuler et jouer sur les fragilités humaines ».

Un terreau sur lequel les sectes poussent aujourd'hui et pour lesquels les gendarmes sont aussi amenés à intervenir. «  j'ai travaillé pendant 5 ans sur des dossiers de sectes et j'ai pu constater que les gens, de milieux sociaux aisés, avaient une peur de l'extérieur et se sentaient protégés au sein de leur secte » .

Objets volants non identifiés

C'est en 1974, que le journaliste Jean-Claude Bourret s'est intéressé plus particulièrement au sujet, le rendant de fait populaire auprès du grand public. Auteur d'ouvrages sur la Gendarmerie et les OVNI, il a été nommé conseiller du Directeur Général de la Gendarmerie Nationale en 1999.

En 2007, il a été élevé au grade de Colonel. Défense nationale et sécurité publique sont les raisons pour lesquelles les gendarmes agissent et enquêtent aussi dès qu'ils ont connaissance d'un renseignement sur une manifestation du phénomène OVNI.

Les procès-verbaux sont destinés, comme il se doit, au Préfet et au Procureur de la République, mais aussi au Commandant de la Région Aérienne.

En métropole comme en Outre-mer, les manifestations célestes sont consignées dans la mémoire militaire.

La Gendarmerie Nationale possède une cellule des phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN) au sein de ses services. Installée dans une zone protégée, elle centralise tous les procès-verbaux d'observation d'OVNI repérés dans le ciel français.

« Les témoignages sont recueillis par nos 3 600 brigades qui couvrent les secteurs de campagne où l'on voit mieux le ciel qu'au- dessus des villes ».

Ndlr : Un groupe civil d'études et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (GEIPAN) passe également au crible chaque manifestation en explorant les écrans radars et en mobilisant les météorologues, les experts de la direction générale de l'aviation civile ou encore de l'Armée de l'Air. Les archives du GEIPAN comprennent l’ensemble des documents de collecte des témoignages et d’enquêtes : les procès-verbaux de Gendarmerie, les documents et rapports d'enquêtes , les rapports d'expertises, les photos ou les dessins réalisés par les témoins; parfois des vidéos et des enregistrements audio.

Gendarmes de la brigade de recherches, du peloton de surveillance ( PSIG ) et des communautés de brigades (COB) Est et Ouest de la Compagnie de Deauville, le chef d'escadron, Jean-Marie de Saint-Aubert et l'auteur du livre Faits insolites en Normandie Jean-Paul Lefèbvre-Filleau.

Les affaires récentes

Dans les dossiers de la presse figure le témoignage d'une « grosse boule orange, se déplaçant à une vitesse phénoménale bas à l'horizon et risquant de s'écraser sur une colline » qu'a déclaré avoir vue, en février dernier, un habitant de Seine-et-Marne; figure aussi l'apparition au-dessus d'un aérodrome du nord de la France de « cinq anneaux lumineux avançant lentement, de manière identique et d'un blanc éclatant », observée en février dernier par un pilote instructeur et plusieurs de ses élèves sans avoir laissé de traces sur les écrans radars ou sur les images de météo. «  Nous continuons de recueillir des témoignages de civils auxquels s'ajoutent ceux de militaires, comme les gendarmes et du personnel de l'aviation civile ».

Le devoir de réserve de la Gendarmerie

Les enquêtes sur les phénomènes OVNI s'effectuent dans la plus grande discrétion. « Nous restons prudents et discrets sur les détails des manifestations pour éviter que des rumeurs insensées se propagent, qu'il y ait des phénomènes de panique ou encore que des endroits ne se transforment en lieux de culte pour certains groupuscules à tendance sectaire ».

S'agissant de sa mission auprès des populations en zones rurales et des phénomènes " étranges et sensibles ", le chef d'escadron de la compagnie de Deauville, conclut ainsi : «  L'une des missions de la Gendarmerie consiste à intervenir chaque fois qu'il y a un trouble à l'ordre public.

S'agissant de phénomènes étranges, si la Gendarmerie est parfois moins populaire auprès des journalistes dans ses communications, c'est, d'une part, parce qu'elle a plus de retenue envers ces phénomènes, et, d'autre part, parce qu'elle a le respect du Code de procédure pénale, ce qui rend de fait, le Procureur de la République unique patron de la communication sur ce type d'affaires... qui fait toujours sensation  ».

La fragilité des comportements et, en rebond les réactions humaines restent, on l'aura compris, un des sujets de préoccupation de la Gendarmerie Nationale.

Commandées par des Officiers, les compagnies de Gendarmerie, comme celle de Deauville, sont divisées en brigades territoriales réparties sur les zones rurales selon une logique de proximité.

L'Institution multiséculaire est, depuis l'arrivée du Président Nicolas Sarkozy, une force militaire sous tutelle du Ministère de l'Intérieur et n'appartient plus au Ministère de la Défense.

Restant néanmoins une force armée, sa mission , qui consistait jusqu'alors, à assurer la sécurité de l'État, la défense de ses intérêts et la protection de ses populations et territoires ( soit 95 % du territoire français ) pourra-t-elle se poursuivre dans les années à venir ?

C'est un autre sujet qui dérange aussi. Mais plus pour les mêmes raisons.

Commentaires

Michelle Lhôrence
Michelle Lhôrence
Le 08-03-2010 à 13h50

Article très intéressant qui dresse un panorama des interventions en France notamment en Normandie. Une annotation très intéressante et qu'il fallait souligner concernant le rapport voyant ou médium dans le cadre d'intervention judiciaire. Même si les résultats ne semblent pas toujours  nécesssairement concluant, l'on peut apprécier quand même que des gendarmes aient eu le réflexe de faire appel à une voyante car après tout qu'est ce que cela coute ? A savoir aussi que parfois des recherches judiciaires ne sont pas faites à titre officiel
 Ainsi, un médium peut travailler sur un dossier en compagnie d'une personne exerçant sa fonction dans le domaine crimininalistique par exemple (et sous le manteau j'ose le dire malheureusement pour qu'il ne perde pas son poste !!!). Les informations sont transmises plus ou moins difficilement aux supérieurs sans que ceux-ci n'en savent les sources.
 Il était donc important de mettre en avant le rapport gendarmerie, OVNI, hantises etc car l'on peut dire aussi que dans bien des cas, ils se trouvent en premier plan en étant les premiers à recueillir les témoignages des citoyens dans ces domaines.
Beaucoup de phénomènes paranormaux en Normandie ? Elementaire mon cher Watson comme on pourrait le dire !! la Normandie est la région des fantômes, donc !!!

Michelle Lhôrence

MrVador
MrVador
Le 08-03-2010 à 17h10
 

Tout est dit; Les interventions de médiums ne sont pas faites à titre officiel, c'est la grande différence entre la France et les États-Unis ou les médiums travaillent directement dans certaines unités spécialisées du FBI, par exemple. Mr Vador

trimmer35
trimmer35
Le 08-03-2010 à 23h49
En même temps, ne faut-il pas mieux rationaliser d'entrée certains phénomènes pour mieux constater l'irrationnel ? Tout est question de méthode ! Et Oui, les esprits frappeurs sont parfois des loirs cachés dans les chaumières. A contrario; l'autostoppeuse de Balleroy relève de l'irrationnel, c'est un fait constaté depuis belle lurette en Normandie. L'article est intéressant pour ce qui est de la méthode employée et pour les faits, celui consacré à M.Filleau prouve que la Gendarmerie constate aussi l'irrationnel. Dans les années 50, E.Tizane, gendarme de son état s'expliquait déjà sur les phénomènes de hantises. Je ne sais pas quoi penser des difficultés qu'ont les militaires à reconnaître qu'ils font parfois appel à des médiums ou des radiesthésistes. C'est pourtant un secret de polichinelle mais rien n'est officiel. Après tout ce n'est pas très important, l'essentiel est de trouver la vérité. Ce qui me gêne plus, c'est tout le secret qui entoure les OVNI. On a vraiment l'impression qu'il s'agit d'un secret d'état, rien n'est dit, tout est suggéré. Que se passe t'il ? On nous prépare en douceur ? Les OVNI arrive et on ne veut pas nous affoler ?
guillaume30
guillaume30
Le 09-03-2010 à 11h04
Salut à tous, une chose est sûre, le vieux continent a souvent 10 ans de retard sur les dernières tendances aux Etats-Unis. On le constate dans à peu près tous les domaines.
A mon avis, dans quelques années, les médiums seront reconnus pour service rendu et on ne fera plus forcément appel à eux sous le manteau. Concernant les OVNI, pas mal d'Etat ont ouvert leurs archives au public l'an dernier. Italie, France, Angletterre et quelques pays du nord. Bref c'est en train de bouger en ce moment !

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