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Publié le 07/03/2010

Jean-Paul Lefèbvre-Filleau, officier supérieur de la Gendarmerie - Faits divers insolites en Normandie

Jean-Paul Lefèbvre-Filleau, officier supérieur de la Gendarmerie - Faits divers insolites en Normandie

Envoûtement, sorcellerie, maisons hantées, fantômes, messe noire, Jean-Paul Lefèbvre-Filleau, officier supérieur de la Gendarmerie Nationale à la retraite, présente dans son livre, des faits divers étranges voire diaboliques qui se sont passés en Normandie. Quarante quatre événements révélés dans les journaux ou restés dans les archives de l'Institution que l'auteur a pris le soin de présenter dans les moindres détails. Des récits véridiques qui posent en filigrane la question : peut-on rire de tout aujourd'hui lorsque l'on parle de paranormal ?

Les faits racontés sont issus de dossiers de presse, de procès-verbaux établis par la Gendarmerie, de vos propres enquêtes et de témoignages de personnes. Comment vous est venue l'idée d'écrire cet ouvrage ?

Jean-Paul Lefèbvre- Filleau : Tout est parti d'une soirée passée entre amis, avec, notamment André Castelot (auteur de biographies et études historiques sur les grandes figures de l'histoire). Je faisais pas mal d'enquêtes judiciaires à l'époque et l'une d'elles, que je pouvais raconter, a intéressé mes amis qui m'ont dit : « vous devriez essayer de mettre cela par écrit. » Sur le moment, j'ai répondu : « vous n'y pensez pas, je vais passer pour quelqu'un de pas sérieux.» Et puis j'étais en activité. En ce qui concerne ce livre, tout est parti d'une plaisanterie en fait.

Chaque histoire est placée dans un contexte géographique et historique. Pourquoi ? 

Jean-Paul Lefèbvre- Filleau : Dès l'âge de 10 ans, j'ai été passionné par l'histoire et j'ai toujours fait des recherches historiques. Les livres écrits portent d'ailleurs sur l'histoire, qu'il s'agisse de sujet militaire ou religieux.

 

Jean-Paul Lefèbvre Filleau, Faits divers insolites en Normandie, de l'étrange au diabolique aux éditions OREP. 170 pages. 17 euros.

Officier supérieur, Jean-Paul Lefèbvre - Filleau a servi au sein de la Gendarmerie Mobile et de la Gendarmerie Départementale en Île-de-France, en Outre-Mer et en Normandie. Publiant son premier livre à l'âge de 39 ans, l'auteur a rédigé depuis une vingtaine d'ouvrages dont ''Saint Paul, son histoire, sa théologie'' et ''Zola et l'affaire Dreyfus, l'histoire d'un double crime''. Il a reçu le grand prix des écrivains de France en 1997, pour son livre " l'affaire Bernadette Soubirous, l'enquête judiciaire de 1858 ".

Ces histoires sont, certes, insolites dès lors où elles revêtent un caractère étrange comme l' affaire d' Étretat. Vous étiez à l'époque en activité. Pouvez-vous en parler ?

Jean-Paul Lefèbvre- Filleau : Il y a effectivement des affaires dont la réalité dépasse la fiction. En 1990, j'étais alors commandant de Compagnie ( Ndlr : l'auteur raconte) les gendarmes découvrent le cadavre disloqué d'un corps au pied des falaises d' Étretat. En premier analyse, il s'agissait d'un homme désespéré, habillé normalement et sans papier d'identité ( ...) Toutes les enquêtes menées par les techniciens et le médecin légiste conduisent à une conclusion : il s'agit d'un suicidé dont on ignore le nom ( ...)

Entre temps, un hôtelier présente une lettre d'un de ses clients, trouvée dans la chambre, annonçant son intention de mettre fin à ses jours; on saura plus tard que l'homme avait été mis à pied d'une administration après avoir détourné de l'argent. La famille convoquée pour identifier le corps confirme : « Il s'agit de notre fils ... il s'agit bien de mon mari ! »

L'affaire est classée pour le parquet du Havre. Sauf que quelques jours plus tard, l'homme que l'on croyait s'être suicidé réapparaît à son domicile. ( ... ) Convoqué à la Gendarmerie pour expliquer sa lettre, il confirme avoir changé d'avis. Qui est alors l'homme décédé ? ( ...) Les deux hommes - mort et vivant - auraient pu être pris pour des jumeaux ( ...) Après de nouvelles recherches, l'identité de l'homme décédé aux pieds des falaises finit par être retrouvée ( ...) une chute accidentelle fut retenue par la justice.

Il y a aussi des histoires troublantes, comme les affaires de maisons hantées. Vous laissez au lecteur le soin de porter lui-même les conclusions qui s'imposent sur des faits véridiques, Pourquoi ?

Jean-Paul Lefèbvre- Filleau : Ce sont bien des extraits de documents émanant de la Gendarmerie, de la Police, de la presse écrite ou de témoignages que j'ai pu recueillir.
S'agissant de phénomènes incroyables, il est souvent difficile de recueillir des preuves tangibles sur ce que les gens avancent. Il ne reste que les témoignages de personnes de bonne foi.

Effectivement, que faire lorsque l'on ne trouve aucune explication rationnelle aux vitres qui se brisent, aux cadres qui tombent des murs, aux rires sonores dans un cellier vide, au déclenchement d'interrupteurs électriques ? Déménager ? C'est ce qu'a fait un couple résidant à Cabourg en 1982, avant d'être à nouveau poursuivi par des "esprits vengeurs" dans leur nouvelle habitation; une famille qui décide de consulter un médium avant de faire appel à un prêtre en 1992, afin de " chasser les mauvais esprits". Une famille somme toute ordinaire victime d'envoûtement dont l'histoire, comme toutes les autres, est savamment racontée par Jean-Paul Lefèbvre-Filleau.
 

Administrateur de la Société des auteurs de Normandie, Jean-Paul Lefèbvre- Filleau est également membre de l'Académie Alphonse Allais.

Vous présentez également des affaires diaboliques, comme les messes noires mais également cette histoire d'envoûtement dans une petite commune du pays d'Auge. Une affaire assez effroyable, digne du Moyen-âge, non ?

Jean-Paul Lefèbvre- Filleau : Cette affaire s'est passée en 1982, à Victot-Pontfol, une petite commune du Calvados. ( Ndlr : l'auteur raconte) Après avoir découvert le corps d'un homme éviscéré dont la tête était découpée du tronc, La Gendarmerie, informée par un habitant, pensaient partir sur une piste d'origine criminelle. Lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux, le corps brûlait toujours ( ...) Après un travail de fouilles approfondi les gendarmes finissent par trouver une photo, leur permettant ainsi de mener une enquête d'identification des personnes ( ...) . Peut-être pouvait-il y avoir des liens avec le crime ?

Après de nombreuses auditions, les enquêteurs se rendent dans une cave (... ) Ils découvrent, cette fois, des cercueils contenant des viscères de brebis, des excréments et des fragments d'os humains. ( ...) Cette affaire a fait l'objet d'arrestations de personnes pratiquant des rites de désenvoûtement.

L' ancien directeur d'enquêtes raconte ainsi des faits surprenants, parfois diaboliques et confirme aussi, en rebond, des pratiques frauduleuses comme celles du marabout de Fécamp, un jeune homme africain, immigré clandestin, qui, moyennant des sommes d'argent, garantissait de régler des problèmes en tout genre. Des enquêtes où les auteurs finissent un jour ou l'autre par être arrêtés pour escroquerie et abus de confiance sur personne en détresse.

Abordons maintenant les notions de croyances et par extension les notions de bien et de mal. Vous présentez également dans votre livre des affaires de jeteurs de sorts, de sorcellerie. Les témoignages sont assez déroutants encore une fois ?

Jean-Paul Lefèbvre- Filleau : Si vous êtes croyant, le diable existe. Si vous n'êtes pas croyant, tout est alors de la plaisanterie; c'est de l'auto-suggestion, les gens se croient envoûtés. En qualité d'historien, je n'ai fait que raconter des faits.

Des personnes demandent-elles aujourd'hui l'intervention de prêtres convaincues d'être envoûtées ou d'avoir des voisins malveillants capables de leur jeter des sorts ?

Jean-Paul Lefèbvre- Filleau : Il m'arrive de recevoir ce type d' appel à mon domicile et d'orienter les personnes auprès du Diocèse de Caen-Bayeux où réside un exorciste. Il ne faut jamais oublier que sous pression les gens sont capables de se battre entre eux et dans ces cas-là les gendarmes sont obligés d'intervenir.

Le dernier sujet que nous traitons avec le lieutenant-colonel Lefèbvre-Filleau porte cette fois sur les OVNI. Rappelons qu'un O.V.N.I , objet volant non identifié, est un phénomène aérien qu'un ou plusieurs témoins affirment avoir observé sans l'identifier; une trace peut avoir été enregistrée par différents types de capteurs comme une caméra, une vidéo, un appareil photo, un radar. Si cet objet volant est considéré comme non identifié c'est bien parce que l'on ne connaît ni son origine ni sa nature exacte. Entre les témoins qui devraient se manifester, mais qui ne le font pas de peur de passer pour des fous, ou des personnes confondant avion, météorite ou ballon météorologique, qui croire ?

'' Faits divers insolites en Normandie'' - Des récits véridiques : des gendarmes, des policiers, des journalistes et des témoins racontent.

Les histoires d'OVNI fascinent le public, c'est un fait et les procès-verbaux sont destinés, comme il se doit, au Préfet et au Procureur de la République, mais aussi au Commandant de la région aérienne. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Jean-Paul Lefèbvre- Filleau : Les affaires d'OVNI restent des affaires prises très au sérieux allant jusqu'au bureau du juge d'Instruction.

Dans la plaine de Caen en 1961, un paysan de Creully avait certifié avoir vu des extra-terrestres. " Des petits hommes d'un mètre de haut avec une tête de potiron" avait-il annoncé dans sa déposition.( Ndlr : On aurait presque envie de sourire en repensant aux débuts cinématographiques de Jacques Villeret dans la soupe aux choux ... mais le film est sorti vingt ans plus tard ! ) Rester en faction pour attendre qu'un O.V.N.I revienne est illusoire. Mais les procès-verbaux d'enquêtes, les auditions des témoins et de l'entourage, éventuellement les croquis, les photos, les prélèvements d'échantillons envoyés à l'analyse représentent des documents précieux pour les recherches.

Avez-vous eu connaissance d'autres affaires depuis la parution de votre livre ?

Jean-Paul Lefèbvre- Filleau : Nous avons aujourd'hui des témoignages de gendarmes et de pilotes d'avions. Un important dispositif d'une trentaine de militaires a été déployé en 1980, qui, pris dans un champ magnétique, n'a pu faire usage de son matériel de transmission.

La diffusion d'information concernant le phénomène OVNI est potentiellement un sujet sensible, dès lors où il concerne la Défense Nationale et la Sécurité Publique, en témoigne le circuit de diffusion de l'information. Tout procès verbal de Gendarmerie concernant un OVNI doit être gardé secret pendant de très nombreuses années.

Avant de conclure notre entretien, pouvez-vous dire si toutes ces affaires ont été classées par la Gendarmerie Nationale ?

Jean-Paul Lefèbvre- Filleau : Comment voulez-vous classer ces affaires ?

Effectivement comment classer des affaires que l'on ne peut pas toujours expliquer ? La conclusion s'impose d'elle-même : lorsque la vie d'autrui peut-être mise en danger, il semble difficile de s'amuser de tous ces sujets en Gendarmerie. Tout comme il semble difficile de rire des personnes qui affichent des comportements en apparence construits, mais qui dérapent, commettant un jour ou l'autre l'irréparable. Un livre à lire une bonne fois pour toutes !

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