Publié le 03/12/2008
Hyppolite Rivail devient Allan Kardec
Le 18 avril 1857 parut l’ouvrage fondamental de la nouvelle doctrine « Le livre des esprits ».
Pour la première fois Hyppolite Rivail signait du pseudonyme qui n’allait pas tarder à le rendre célèbre : Allan Kardec. L’ouvrage fut publié à Paris par l’éditeur et libraire Pierre-Gaëtan Leymarie qui fut également un spirite convaincu.
Le livre connut immédiatement un immense succès et fut traduit dans les principales langues. Dès 1858 parut une deuxième édition suivie en moins d’un an de trois autres .
C’est également en 1858 que Allan Kardec créa « La revue spirite » et fonda « La société parisienne des études spirites. » Un tel succès déclencha la colère de l’Eglise Catholique qui condamna l’ouvrage. A Barcelone fut dressé un bûcher et tandis que des tambours voilés de crêpe faisaient entendre leurs roulements solennels, trois cents exemplaires du « Livre des esprits » furent brûlés en présence de nombreux curieux. Tout de suite après, les cendres furent dispersées par un prêtre qui purifia la place tandis que la foule criait « A bas l’inquisition ! » Des gens recueillirent des cendres et en firent des talismans.
Le succès du spiritisme dépassa tous les espoirs que son auteur avait pu imaginer en France et dans le monde.

Ce triomphe déclencha de multiples hostilités
La Science officielle ajouta sa haine à celle de l’Eglise, tandis que tous les mouvements matérialistes, nombreux et puissants, combattirent la nouvelle doctrine. Par ailleurs, tous les « petits malins » qui avaient su exploiter les particularités spectaculaires de l’hypnose, s’appliquèrent à récupérer le spiritisme. Sur les champs de foire et dans de grotesques cabinets de voyance, des illusionnistes, de faux médiums et des fakirs simulaient de « sensationnelles » séances de spiritisme au cours desquelles ils faisaient apparaître des « fantômes ». Même des scientifiques furent abusés par ces charlatans.
Allan Kardec était partagé entre l’immense succès que connaissait le spiritisme dont le nombre d’adeptes ne cessait d’augmenter et les attaques qu’il subissait sans cesse. Il défendait en toute sincérité plus sa doctrine que ses intérêts. Mais cette lutte incessante était épuisante pour cet homme qui savait qu’il était cardiaque. Le 31 mars 1869, une crise le terrassa et il s’éteignit subitement. Il repose à Paris au cimetière du Père Lachaise où sa tombe est sans cesse fleurie par des inconnus qui dévotement posent la main sur sa statue. Personnellement, lors de mes visites au Père Lachaise, à l’occasion de reportages, j’ai observé chaque fois plusieurs personnes recueillies devant la tombe d’Allan Kardec.
Mort à l’âge de 65 ans, il avait vécu ses cinquante premières années dans le travail obscur, l’anonymat et les difficultés financières sous sa véritable identité. Ses quinze dernières années le transformèrent en un « missionnaire » convaincu dont la renommée mondiale n’a jamais été démentie.

Allan Kardec fonda une doctrine que beaucoup ont qualifié de « religion spirite »
De nombreux savants et beaucoup d’artistes y adhérèrent . Le premier congrès spirite international fut réuni en 1889 et permit aux participants de nombreux pays d’étudier l’importance du spiritisme sur le plan international et de tenter d’établir un rapprochement entre les points de vues de sectes hétéroclites. En fait, les doctrines ne furent pas unifiées et, au nom de la liberté de pensée, chacun resta libre de conserver sa propre opinion. Bien des théories alors établies durent ensuite être révisées pour ne pas être en contradiction avec les découvertes scientifiques notamment en ce qui concerne la théorie des quanta. En 1922, un américain, président de l’Association spirite des U.S.A., le docteur George B. Wane eut l’idée de constituer l’Organisation internationale du spiritisme. Au cours du Congrès international de Londres il souleva une question importante : « Le spiritisme contient-il les éléments d’une religion mondiale ? » Les congressistes répondirent « oui » et l’année suivante, au Congrès de Liège fut mis en place une Fédération destinée à diriger collégialement « L’Eglise spirite. »
En 1925, le Congrès international de Paris, présidé par le célèbre écrivain Conan Doyle, vota à l’unanimité un texte qui devint la charte du spiritisme international. En moins de trois quarts de siècle l’intérêt qui avait soudainement motivé un érudit apparemment sans grand avenir qui s’appelait Hyppolite Rivail, a bouleversé des millions de personnes dans le monde entier… Et le phénomène continue… Bon nombre d’adeptes du spiritisme, membres d’organisations ou indépendants ne connaissent pas l’historique récent de leurs croyances et certains ignorent plus ou moins qui était le fondateur de la doctrine.
Allan Kardec lui-même ne se doutait pas d’un tel retentissement planétaire. Il fut un scientifique sincère et honnête dont les certitudes s’accordaient à celles de la science du dix neuvième siècle. Il crut réellement à la mission que les esprits lui avaient confiée : « Il avait été choisi pour apporter le salut au monde. » … Ce qui est certain, c’est qu’en une certaine façon il a conquis le monde.
Charly Samson
Spiritisme : en savoir + sur Besoin de Savoir




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