Publié le 08/08/2011
Henriette Couëdon et la prophétie du Bazar de la Charité
En 1897, la justice divine est-elle satisfaite ? la question lancée par l'auteur Jules Claretie dans '' La Vie à Paris'' est sur toutes les lèvres...
La réponse semble venir d'un tragique fait divers survenu le 4 mai de la même année au coeur de la capitale, l'incendie du Bazar de la Charité. Un drame prédit presque deux mois plus tôt par l'une des plus célèbres voyantes de l'époque, Mademoiselle Henriette Couëdon. La prophétie lui aurait été soufflée à l'oreille par l'Archange Gabriel...
Le Bazar de la charité, l'aristocratie et la voyante du Tout Paris
Association Caritative fondée en 1895 , la mission du ''Bazar de la charité'' était d'assurer la vente de toutes sortes d'objets au profit des plus démunis.
Soutenue par l'ensemble de l'aristocratie parisiènne qui voit dans ce projet l'occasion révée de faire barrage à la montée du Parti Ouvrier de Jules Guesde, l'association inaugure rapidement ses locaux rue Goujon, dans le XVIIème arrondissement.
Les ventes sont à chaque fois couronnées de succès et si les convives se font un point d'honneur à respecter les règles de bienséance, celles-ci deviennent parfois le théatre d'étranges rencontres...
Mademoiselle Couëdon prophétise une tragédie
Le 21 mars 1897, la Comtesse de Maillé qui aime braver les convenances n'hésite pas à inviter Mademoiselle Couëdon, voyante de la rue Paradis.
Du haut de ses vingt ans, Mademoiselle Couëdon, ne sait pas encore qu'elle va annoncer la plus terrible catastrophe de cette fin de siècle.
Dans un état proche de la transe, elle dévoile aux convives, les messages dictés par son guide, l'Archange Gabriel :
« Près
des Champs-Elysées,
Je vois un endroit pas élevé
Qui n'est pas pour la pitié
Mais qui en est approché,
Dans un but de charité
Qui n'est pas la vérité.
Je vois le feu s'élever,
Et les gens hurler,
Des chairs grillées,
Des corps calcinés,
J'en vois comme par pelletées. »

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Mlle Henriette Couëdon exerçait rue Paradis à Paris - (Gravure de l'illustration-Avril 1897)
La prophétie est confirmée
Le 4 mai 1897 à 16h30, un terrible incendie ravage les locaux du Bazar de la Charité. Il fait 129 victimes dont 123 femmes issues de l'aristocratie.
Le Petit Journal évoque le drame en ces termes : « C'est un spectacle inoubliable dans cet immense cadre de feu formé par l'ensemble du bazar, où tout brûle à la fois, boutiques, cloisons, planchers et façades, des hommes, des femmes, des enfants se tordent, poussant des hurlements de damnés, essayant en vain de trouver une issue, puis flambent à leur tour et retombent au monceau toujours grossissant de cadavres calcinés ».
Au début du mois de juin, Mlle Couëdon qui s'érige sévèrement en justicière déclare à un journaliste : « Notre mollesse et notre incurie nous condamnent à subir bien d'autres épreuves ».
Les mondaines (car le désastre comme le souligne Jules Claretie (1) est tout féminin, et il y a eu fort peu d'hommes concernés par le sinistre) ne trouveront jamais grâce à ses yeux. Les martyrs de la rue Goujon resteront pour Mademoiselle Couëdon des victimes expiatoires.
Sources, références, notes, bibliographie : (1) Jules Claretie '' La Vie à Paris'' -Victor Havard (1880-1910) - Dominique Paoli ''Il y a 100 ans : l'incendie du Bazar de la Charité-MDC 97.
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