Publié le 05/05/2011
Claude Arz - De Barbès au Gévaudan, de Brocéliande au Forez... Tous les chemins mènent au monde de l'étrange
De ses pérégrinations aux quatre coins de la France, il ramène dans son sac à mots des récits fantastiques, ancrés dans notre culture depuis la nuit des temps.
Ses livres - ''La France insolite'', ''Mystères et légendes de nos campagnes'', ''Croyances et légendes de la mer'', ''Hauts lieux, croyances et légendes de la France mystérieuse'' - sont autant d’invitations à palper le pouls de notre histoire méconnue, secrète et sacrée.
Ce Breton généreux, nourri aux sciences occultes dès sa prime enfance, vient de publier son dernier ouvrage, ''Voyages dans la France mystérieuse'', aux éditions Le Pré aux Clers.
Claude Arz, le regard malicieux, nous propose de le suivre sur le chemin du merveilleux : des châteaux alchimiques à la forêt de Brocéliande, de la Cave aux Sculptures de Dénezé-sous-Doué au Jugement dernier, en passant par des cercles druidiques et des confréries de guérisseurs, le lecteur-promeneur est emporté par cet univers homérique et insondable.
Ce carnet de voyages fantastiques réunit une vingtaine d’enquêtes passionnantes, peuplées d’alchimistes, de guérisseurs, de druides, d’observateurs de l’étrange, attachants et parfois déroutants. Rencontre avec Claude Arz, un enquêteur du merveilleux, qui réenchante le monde.
Vous êtes tombé dans « la marmite de l’étrangeté » tout petit et ce goût pour la nourriture paranormale s’est développé au fil du temps. Racontez-nous…
Claude Arz : Mon père était guérisseur, magnétiseur. Nous vivions en Bretagne, sa terre natale. J’avais dix ans. La salle à manger faisait office de cabinet. Dans cette pièce de vie, il y avait des gens atteints de maladies de toutes sortes, en continu. Cette agitation était normale pour l’enfant que j’étais. Car mon père était « un magicien » ! ... (sourires)
Je voyais les gens repartir de chez nous soulager. Mon père s’intéressait aussi à la naturopathie, à la diététique. Il a d’ailleurs participé à leur développement, à cette époque. C’était aussi un féru d’ésotérisme. Il possédait une immense bibliothèque.
Quand j’étais à l’école, j’apprenais les classiques, et à la maison, j’étais plongé dans une ambiance ésotérique et magnétique. Quand nous allions nous promener au bord de la mer, mon père me parlait de l’évolution de l’humanité, de la vie après la mort… Il a été mon guide, il m’a initié à cette autre réalité. Il m’a ouvert des portes.


Quand avez-vous débuté vos enquêtes sur le monde de l’étrange ?
Claude Arz : Durant les années 1970, j’ai été étudiant en droit et en sociologie, puis j’ai intégré l’École Pratique des Hautes Études. En même temps, j’étais un routard, je faisais du stop, j’ai traversé l’Europe… J’ai rencontré des chamans, des personnages « psychédéliques » mais aussi des intellectuels parisiens. Je me suis toujours nourri à la fois de culture magique et de culture universitaire. C’est le secret de mon équilibre.
Puis j’ai écrit des livres sur les artistes d’art brut pour les éditions Hachette. Je partais à la découverte des chamans, des mystiques artistes. Ces solitaires créaient des environnements fantasmagoriques incroyables. J’adorais cela ! J’ai continué dans ce sens, en publiant des articles, en animant des émissions radio et en participant à certaines, notamment sur Europe 1, dans les années 1990. En parallèle, j’étais enseignant.
J’ai approfondi mes investigations sur le monde de l’étrange, par glissement. Je me suis attaché à mettre en lumière des lieux mystérieux de notre pays. J’ai écrit sur des êtres exceptionnels que j’ai eu la chance de rencontrer. Les mordus de l’étrangeté, ces gardiens du mystère, ont cette capacité à sacrifier leur vie à leur passion. Cela m’a toujours fasciné.
Vous organisez depuis une dizaine d’années des « dîners occultes »… Pouvez-vous nous parler de ces rencontres originales ?
Claude Arz : J’ai pris l’habitude de réunir six invités autour d’un spécialiste de l’étrange, une fois par mois, autour d’une bonne table. Mon réseau s’est ainsi tricoté, de nouveaux contacts se sont ajoutés les uns aux autres, dans une ambiance conviviale.
Grâce à ces rendez-vous sympathiques et passionnants, j’ai pu faire la connaissance de spécialistes incontestables dans leur domaine comme Jean-Jacques Velasco, ancien directeur du GEPAN (Groupe d’études de phénomènes aérospatiaux non identifiés), ou Mario Varvoglis, président de l’IMI (Institut Métapshychique International).
Je ne peux pas tous les citer, évidemment, mais je pense aussi à Marc Schweitzer, dont je parle dans mon livre au chapitre « L’homme à la sacoche rouge ». Cet homme est un grand initié, qui a connu tous les mages, magiciens dans les années 1950 et 1960. C’est un puits de connaissances.
Il y a aussi des auteurs de talent, comme Didier Audinot qui nous a raconté ses enquêtes sur les « Dames blanches ».
Lors de chaque dîner occulte, ce qui m’intéresse, c’est d’avoir à ma table le meilleur spécialiste dans un domaine particulier. Chaque fois, nous avons des révélations, des découvertes, de nouveaux mystères dans nos assiettes. Ces grands hommes, spécialistes de l’étrange, sont, avant tout, de grands conteurs. Ces moments d’écoute et de partage sont délicieux !
Quel est le fil conducteur de votre dernier livre ''Voyages dans la France mystérieuse'' ?
Claude Arz : Pour cet ouvrage personnel, j’ai ressenti le besoin de revenir sur les hauts lieux du mystère en France. J’ai également inséré des faits moins connus. J’ai décrit avant tout des aventures humaines immergées dans l’étrange.
Je suis un écrivain-voyageur. Je vibre avec les lieux qui me plaisent. Je rencontre des initiés aux choses secrètes qui me conduisent sur le fil du mystère, comme par magie. Ce livre n’est pas un énième récit de l’histoire des sites et des êtres mystérieux. Il parle avant tout des gens qui gravitent autour de ces légendes, de ces rituels, de ces pratiques obscures et secrètes. Je pense ainsi à René Raoult, le chaman breton, et à Vieux Faty, le marabout de Barbès.
Je prends un exemple pour préciser ma pensée : « La Bête du Gévaudan » est l’un des plus grands mystères français. Une dizaine de livres est publié chaque année sur ce sujet qui fait recette. Dans le récit des « Mordus de la bête », ce qui m’intéressait, ce n’était pas forcément de revenir sur la légende, même si je devais la rappeler.
J’ai préféré me concentrer sur la destinée de ces personnes, les fameux mordus de la Bête, qui dédient encore aujourd’hui la plus grande partie de leur temps à la Bête du Gévaudan.
Vous savez, il existe de nombreuses confréries discrètes qui vivent, qui se transforment, qui se développent, loin de l’agitation du monde. Ces passionnés qui offrent une pérennité à la légende, au mystère, me touchent profondément.
À Rennes-le-Château, j’ai pu rencontrer Antoine Captier, un descendant de l’étrange Abbé Saunière. Cet être a la passion au corps. Il est un membre actif de l’Association pour les Recherches Thématiques sur Bérenger Saunière (ARTBS). Cette structure est une société discrète où Antoine et ses amis remontent le fil de l’histoire, avec de nouvelles découvertes dans leurs épuisettes.
Je ne suis pas un ésotériste. Je voyage, je rencontre des personnages qui me donnent des clés, en toute confiance. Les portes s’ouvrent. La parole se délie. Et j’avance plus près de la source du mystère. Je suis attiré comme un aimant.
Quels sont les sites décrits dans cet ouvrage qui vous ont le plus touchés ?
La Cave aux Sculptures de Dénezé-sous-Doué (Maine-et-Loire) est l’un des lieux les plus étranges que j’ai pu observer. Quand vous y allez seul, c’est même inquiétant !
C’est une grotte souterraine peuplée de têtes difformes, grotesques, qui vous regardent avec leurs yeux globuleux. Ces sculptures auraient été taillées au XVIème siècle. Certains pensent que ce sont des tailleurs de pierre contestataires - des sortes de guignols de l’époque - qui auraient œuvré, afin de critiquer les Valois. D’autres, comme Régis Blanchet qui était un grand initié (il a été le fondateur de la revue « Les jardins du Dragon »), pensaient qu’il s’agissait d’un lieu de guérison. Ce site est fabuleux, quoi qu’il en soit.
J’ai un autre coup de cœur. C’est le culte des arbres guérisseurs. Il est pratiqué aujourd’hui par 500 000 personnes dans l’anonymat le plus complet. Ces « adeptes » vont déposer sur l’arbre un linge qui appartient à un malade proche d’eux. Ils prient et ils s’en vont.
Toutes ces personnes qui pratiquent ce rituel magico-païen ne parlent pas de cela à leur entourage. Je me suis aperçu qu’en France, pays où l’esprit de moquerie l’a emporté sur la curiosité, les gens se taisent… J’observe tout cela avec ravissement. Il y a peut-être en France une centaine de lieux dédiés à ce culte enchanteur.
Extrait du livre « Voyages dans la France mystérieuse » : « Plus extravagant encore, dans la forêt de Saint-Mars-la-Jaille à Bonnœuvre, on vient de très loin pour planter des clous préalablement imprégnés de la partie infectée d’un malade dans le « chêne aux clous », le bien nommé. Le mal est ainsi transféré à l’arbre, et, selon la pensée magique, des racines le digèrent et le transmettent aux forces telluriques. À Landeleau, les pèlerins enlèvent des morceaux d’écorce sur le tronc du chêne de Saint Telo afin de se protéger des incendies, et à Lucheux, les futurs époux s’étreignent au pied d’un tilleul…. »

La « Cave aux Sculptures » de Dénézé-sous-Doué (Maine-et-Loire) : étrange et inquiétant… « La tombe à la fille » dans la forêt de Teillay (Loire-Atlantique) où se déroule le culte des arbres à loques
La sorcellerie existe toujours, notamment dans les zones rurales. Est-ce que vous avez été témoin, vous-même, de faits surprenants ?
Claude Arz : Il y a une dizaine d’années, mon père était toujours de ce monde. Des gens venaient le voir, car ils avaient « le mal », ils se sentaient envoutés. Ils lui demandaient de l’aide.
Un jour, il m’a conseillé d’aller observer ce qui se passait dans un hameau finistérien. Une femme se disait envoûtée. Elle m’a montré ses vaches qui dépérissaient sans explication rationnelle. Le lieu était très chargé. À un moment, j’ai ressenti des vibrations très lourdes, très mauvaises. Franchement, j’ai eu peur…
Oui, la sorcellerie existe. Je relate d’ailleurs des faits terribles (« La Ferme des Maléfices »), qui se sont déroulés dans les années 1980, au cœur des monts du Forez.
Il ne faut pas oublier que toutes ces tragédies liées à la sorcellerie sont très douloureuses pour les victimes. C’est une souffrance sans nom, sans visage. C’est la parole qui envoûte. La sorcellerie est mentale. Être envoûté par quelqu’un, c’est admettre que l’on puisse être soumis à la puissance télépathique d’autrui. En règle générale, je n’aime pas trop parler de la sorcellerie. Cela me met mal à l’aise.
Vous parlez, dans votre ouvrage, d’un sujet très actuel : la recherche sur « la conscience globale », menée par l’Institut Métapsychique International. Pouvez-vous nous éclairer sur ce dossier complexe ?
Claude Arz : L’idée est à la fois simple et difficile à appréhender. Pour résumer, il existerait un lien entre tous les individus de la planète. Cette interconnexion serait synonyme de conscience humaine planétaire. Au champ expérimental, des spécialistes ont utilisé des ordinateurs reliés entre eux, à travers le monde entier.
Un oscillographe a enregistré les mouvements. Ils ont constaté qu’en général, le rythme était plat et que d’un seul coup, les oscillations s’affolaient. Cela montrait que quelque chose se produisait, mais quoi ? La question reste encore en suspens… Les chercheurs ont notamment constaté, quatre heures avant les attentats du 11 Septembre, que l’oscillographe avait enregistré une augmentation brutale.
Cela s’est également produit quelques heures avant le terrible tsunami de 2004. C’est spectaculaire. Cette étude ambitieuse veut démontrer qu’une interconnexion existe entre les individus, avant la venue d’un événement fort.
D’une manière générale, nous, êtres humains, serions capables de capter des phénomènes qui sont passés, présents ou futurs.
Quel est le mystère que vous aimeriez sonder, par-dessus tout, au cours de votre vie ?
Claude Arz : Ce qui m’intéresse le plus, c’est le chamanisme. Je suis proche de la nature, des arbres. Dès que j’ai un moment, je pars au milieu des bois, en Bretagne.
Je suis dans un autre monde, relié à la sève de la vie. J’aimerais donc écrire un beau livre autour du chamanisme. Pour ce faire, il faudrait que je me rende en Mongolie, au Bénin, hauts lieux de cette culture ancestrale. C’est un projet ambitieux, qui nécessite beaucoup de préparation. Je porte ce rêve dans mon cœur. Peut-être verra-t-il le jour ?... (sourires)
Mais dans un premier temps, je vais donner vie à un second volume des '' Voyages dans la France mystérieuse ''. La France est une terre si magique, si secrète. Elle a tant à nous apprendre.
Les histoires abondent, elles sont toutes uniques. Je vais ainsi continuer mes chroniques des temps modernes sur les routes de l’étrange. Que du bonheur et de l’émerveillement en perspective !
Livre : '' Voyages dans la France mystérieuse '', éditions Le Pré aux Clercs de Claude Arz
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Crédits photos©Nicole Chatelier.Le Pré aux Clercs.Claude Arz




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