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Publié le 21/10/2010

Jean-Michel Le Corfec - Un siècle de superstitions et de croyances

Jean-Michel Le Corfec - Un siècle de superstitions et de croyances

''Jadis, en Corse, pour empêcher les démons et les mauvais esprits de s’approcher du nouveau-né, on déposait, au fond de son berceau, un livre de messe et un poignard au manche en forme de croix, et avant qu’il ne s’endorme, la maman prenait soin, chaque soir, de placer une faucille, un morceau de cierge de la chandeleur ou du gros sel sous son oreiller ''. Voici l’une des 1 500 croyances collectées dans le livre de Jean-Michel Le Corfec, aux éditions sud-ouest, ''Grand-Mère y croyait''.

Vous avez été journaliste, grand reporter pour le Figaro, vous avez également écrit plusieurs ouvrages sur les traditions, les métiers. Pourquoi cet intérêt pour les croyances et les superstitions du passé ?

Jean-Michel Le Corfec : Je me suis rendu compte, avec les années, que les sentences de mes grands -mères et belles-mères étaient pleines de bon sens; elles font partie des valeurs traditionnelles J’étais un petit garçon, j’écoutais et obéissais

( Ndlr : Jean-Michel Le Corfec est natif de Normandie et ses deux grands mères vivaient en Bretagne)

100 ans seulement nous séparent de cette époque que vous racontez dans vos livres. C’est très peu finalement ?

Jean-Michel Le Corfec : Oui. Hier nos grands-mères regardaient le ciel pour voir le temps qu’il ferait le lendemain. Aujourd’hui on regarde sur internet ou le bulletin météo à la télévision.

Tout est affaire de temps. En allant de plus en plus vite, on a oublié ces règles de sagesse de nos aînés - je n’aime pas trop ce mot d’ailleurs - et il est intéressant de voir combien le public que je côtoie partage ce sentiment. la vitesse est peut-être l’ennemi de la sagesse.

Extrait : En Lorraine, on ne coupait pas les ongles des nourrissons avant l’âge d’un an, car, en le faisant, on l’aurait rendu méchant et voleur. À l’âge d’un an révolu, la maman seule pouvait le faire... mais uniquement avec les dents. Quant aux rognures, il ne fallait surtout pas les jeter, ni les brûler - cela aurait ôté de la vitalité à l’enfant - mais les enterrer.

Jean-Marie Le Corfec est l'auteur de ''Grand-Mère disait'' publié aux éditions Sud-Ouest

Les titres de vos livres, ''Grand-Mère y croyait'', ou encore, ''Grand-mère disait'' qui rassemble 1 500 dictons ou proverbes, laissent-ils sous-entendre que les femmes étaient et sont plus sensibles aux croyances ?

Jean-Michel Le Corfec : Les femmes, d’il y a 100 ans, travaillaient autant que les hommes mais elles avaient plus de sagesse lorsqu’elle parlait de Dieu, de la sorcellerie; les hommes croyaient en Dieu, mais étaient plus pudiques.

Une femme stérile ne disait pas à son mari qu’elle allait à la fontaine de tel ou tel endroit (...) ces endroits appartenaient à des croyances divines, il y avait aussi un côté magique dans la démarche qu’elles entreprenaient.

Les hommes pouvaient aussi être tristes, malheureux mais ils dissimulaient leurs sentiments qui pouvaient être perçus comme des signes de faiblesse.

Toute la mémoire est d’ailleurs auprès des Grands-mères; c’est auprès d’elles que l'on apprend '' les dits '' mais aussi '' les non-dits''.

La France d’il y a 100 ans que vous prenez le temps de décrire, était rurale et chrétienne. Les gens vivaient à leur rythme; la durée de vie était plus courte. Avaient-ils aussi besoin de se faire peur pour exister ?

Jean-Michel Le Corfec : Dans toutes nos régions, la notion de Dieu et du Diable était une notion associée au bien et au mal. C’est une question d’équilibre. Je n’ai pas raconté d’histoires de sorcières, ni de dames blanches dans le livre mais elles font partie aussi de ces croyances.

Lorsque vous observez les enfants, vous réalisez qu’eux aussi ont besoin de frémir lorsqu’on leur raconte des histoires; ils adorent avoir peur. J’ai été le patron du journal de Mickey; Mickey, comme Tintin ou Astérix sont des personnages idéalisés presque ennuyeux puisqu’ils sont parfaits; heureusement qu’il existe des personnages autour d’eux qui font peur ou font rire. C’est d’ailleurs eux qui déclenchent une attirance naturelle.

Y-a-t-il des gestes qui restent plus marqués que d’autres aujourd'hui ?

Jean-Michel Le Corfec : Le pain, symbole du travail, posé à l’envers est quelque chose qui continue de marquer les esprits.

Il est aussi un fort symbole spirituel dans la religion catholique, il ne faut pas l'oublier.

Extrait : Lorsque l’on allait visiter un agonisant qui '' était au dernier '' suivant la jolie formule de ma belle-mère, Yvonne, il fallait, après la prière, jeter une poignée de sel dans la cheminée afin que le diable ne s’empare pas de son âme. On fermait les yeux et la bouche du défunt afin qu’il garde la mort en lui. Sans cette précaution, un autre membre de la famille risquait de le suivre rapidement.

''Grand-mère y croyait...'' et ''Grand-mère disait...'' publiés aux éditions Sud-Ouest

Vous évoquez dans votre livre des croyances autour de la naissance, du mariage, des fiançailles. Est-ce que le thème de la mort est un sujet où les superstitions et les croyances sont les plus marquées ?

Jean-Michel Le Corfec : C’est surtout le fait qu’avec les guerres, les épidémies et les famines les gens vivaient en permanence en sa compagnie.

Il faut aussi comprendre que la France de cette époque était pratiquante à 90 % et que lors des enterrements, on honorait le défunt en partageant un repas, on buvait même. On engageait même des pleureuses.

Y a-t-il, selon, vous des endroits de France où les croyances et les superstitions sont encore très ancrées ?

Jean-Michel Le Corfec : Il existe partout des croyances et des superstitions et je suis même étonné de voir parfois des célébrations religieuses associées à des fêtes païennes.

Je m’élève en faux contre ceux qui disent ''autrefois c’était mieux''. Il y a partout des pratiques Et le besoin de découvrir le '' passé proche '' est là.

Aujourd’hui les familles, les jeunes découvrent ou rédécouvrent ce temps si particulier où l’on s’éloigne de l’argent et de la vitesse du monde moderne. C’est quelque chose qui manque ou qui manquait.

Prendre le temps de voir ou de faire les choses avec sérénité et bon sens n’est-ce pas aussi ce qu’ils font comprendre de ces croyances et de ces superstitions ?

Jean-Michel Le Corfec : Je crois que jadis nous parlions de bon ouvrage et pas de rendement.

Aujourd’hui par la nécessité d’un rendement industriel ou intellectuel, les gens ont besoin d’un rapport à la nature. Pas un Retour béat mais un temps, un temps pour observer un torrent, regarder une fleur, écouter un chant d’oiseaux. C’est du moins mon constat et c’est sans doute une bonne chose.

Les livres de Jean-Michel Le Corfec, Grand-Mère y croyait, Grand-Mère disait, aux éditions Sud-Ouest, ne sont pas des exposés sur la vie des Français avant et après la guerre. Ce sont des citations, des dictons, des proverbes, des croyances évocatrices d’un passé, pas si lointain; ceux de nos grands-parents et arrière-grands-parents. Des images et des scènes de vie des campagnes qui invitent le lecteur à retrouver ce que sont et ce qu’ont été les traditions, les croyances et les superstitions dans les différentes régions de France.

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Crédit photo ©Jean-Marie Le Corfec. Sud-Ouest éditions.The Raven-Deuceswild

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