Publié le 22/06/2010
Didier Goutman - Sortir la voyance de son ghetto
Didier Goutman et Joëlle Portalié sont consultants en communication; l'un est diplômé d'HEC, l'autre a développé ses facultés de voyance pendant dix ans.
À deux, ils ont écrit, Et si c'était vrai ?, un ouvrage publié aux éditions Eyrolles. Un plaidoyer qui défend la voyance en ces termes : " si je considère comme réel seulement ce que je sais expliquer, alors rien ici n'est réel. Mais si je reconnais les faits pour ce qu'ils sont, même si je n'y entends rien, alors c'est bien de réalité qu'il s'agit.
La voyance est réelle même si elle n'est pas encore perçue comme rationnelle. Et elle ne l'est pas- elle le sera sans doute demain - seulement parce que la raison dont nous sommes capables de faire preuve n'est, pour le moment, pas à même d'en rendre compte. Est-ce suffisant pour en dénier l'existence ?" .
Commençons par la question de vos motivations. Pourquoi avoir écrit un livre sur la voyance ?
Didier Goutman : Pendant dix ans Joëlle s'est formée à la voyance dans le cadre d'un environnement spirituel et moi j'ai mené un travail d'investigation quasi-journaliste pour le plaisir, avec pour objectif de comprendre, ce qui est vrai, ce qui était possible, l'usage que nous pouvions faire de la voyance. Nous avons conduit des expériences ensemble.
La voyance existe véritablement pour vous ?
Didier Goutman : La faculté de voyance existe et nous la démontrons dans notre livre, en présentant un double travail précis et concret d'expériences et de réflexions
Le rôle de Joëlle, elle-même voyante, est majeur
Didier Goutman : Oui elle s'est livrée à de nombreuses expériences, seule, à deux, en groupe et même en public. Elle a inspiré directement une part importante des contenus du livre.
Extrait du livre : " Nous pourrions mentionner également des expériences de lecture sur des objets anciens, ou dans des sites historiques. J'ai ainsi vu Joëlle récupérer des images du passé en touchant de très vieilles pierres, aux arènes d'Arles par exemple, ou encore à Pétra. De même que je l'ai vue capable, en prenant un objet d'art ancien entre ses mains, de parler de son histoire, de ses propriétaires ou des conditions dans lequel il avait été endommagé".
La voyance est un sujet paradoxal, écrivez-vous en introduction aux lecteurs
Didier Goutman : En effet, quelle que soit la façon dont on la définit - voyance, médiumnité, arts divinatoires, pouvoirs psi... ... - elle suscite toujours une réelle et indéniable curiosité. Et dans le même temps, elle s'accompagne, dans le monde occidental et en France notamment, d'une sorte de déni profond et systématique.
Présentant les usages et mésusages de la voyance, Didier Goutman prend aussi le soin d'aborder le rôle des supports divinatoires, tarots, boules de cristal, runes, Yi Jing et poursuit ainsi : " si la voyance existe, si elle témoigne de la richesse de nos potentialités, si elle permet d'accéder directement à de nombreuses informations utiles et vraies (et d'autant plus utiles qu'elles sont vraies) elle reste cependant limitée, comme toutes les facultés humaines : limitée par celui qui la porte, limitée encore par les possibilités de restitution et d'échange que la relation voyant-consultant va permettre".
Vous avez tenu à préciser vos propres définitions sur la voyance. Pas facile l'exercice ?
Didier Goutman : La question de la voyance se pose toujours d'abord en forme de preuves. C'est la raison pour laquelle nous sommes allés au plus près de la réalité des expériences des uns et des autres.
L'ouvrage est nourri d'exemples. Aborder le sujet de la voyance, quel que soit le contexte, c'est affronter très vite objections, suspicions, sinon tentatives de réduction. ( Ndlr : Didier Goutman écrit ainsi : si la voyance n'existe pas, puisqu'elle n'existe pas, il faut bien qu'il y ait des explications alternatives).
La voyance est un art qui aide à être en prise avec le réel.
Vous travaillez tous les deux dans les affaires, comme l'on dit. Aujourd'hui de plus en plus de patrons consultent les voyants, comment expliquer cela ?
Didier Goutman : Interroger un voyant, c'est une façon simple et pas chère d'obtenir des informations pour traiter les affaires. Pourquoi se priver d'une telle consultation qui, dans certains cas, peut faire gagner du temps dans une négociation, anticiper un événement
Vous faites vous-même appel à la voyance pour vos affaires ?
Didier Goutman : Oui.
Allez-vous porter ce sujet dans des hémicycles comme les grandes écoles ?
Didier Goutman : C'est un sujet compliqué dans le monde moderne. Il n'existe pas de marché de la voyance qui par ailleurs n'a aucun droit de cité. Et les personnes justement les plus réticentes ou réfractaires sont sans doute les universitaires et les professeurs.
Extrait du livre : " ... la prévision de plus en plus complexe est finalement très aléatoire. Est-ce que le client X va signer le contrat que nous lui avons proposé ? S'il est seul décideur en jeu, la prédiction est généralement juste. S'ils sont plusieurs décideurs en parallèle, le résultat commence à devenir plus difficile à prévoir. Et s'il s'agit d'un appel d'offres, par exemple, avec de très nombreux intervenants, pas tous connus, aux motivations souvent contradictoires, le pronostic risque bien souvent d'être faux. Parce que si, dans le premier cas, la décision est souvent déjà prise au fond, même si elle ne nous est pas encore connue, elle ne l'est généralement pas dans le dernier, et peut être modifiée plusieurs fois en fonction des jeux d'acteurs, participants et décideurs.''


Didier Goutman - Voyance. Et si c'était vrai - Éditions Eyrolles 2010
Dans le chapitre consacré aux usages et mésusages, vous posez aussi la question : pourquoi les voyants ne jouent pas au loto ? Vos réponses éclaireront beaucoup de consultants et donneront des éléments de réponse aux voyants qui n'arrivent pas toujours à répondre à cette question.
Didier Goutman : Nos expériences dans ces différents domaines n'ont souvent pas été concluantes comme nous le racontons. Il y va du loto comme de la bourse d'ailleurs.
Du loto parce qu'un tirage mécanique est sans doute imprévisible a priori.
De la Bourse, à l'inverse, parce que les cours sont faits de l'interaction permanente de tellement d'acteurs, tous reliés, tous s'observant et réagissant en direct les uns par rapport aux autres, que la prévision d'un résultat global en devient quasiment impossible, pour les experts comme pour les voyants.
Extrait : " Seul le présent existe, puisque le passé n'existe déjà plus et le futur n'existe pas encore. Même si cela peut sembler paradoxal en apparence, la voyance est donc surtout un art du présent. Ce que le voyant sait, voit, devine, ainsi le mieux, c'est surtout ce qui est là, présent aujourd'hui, dans l'état actuel de ce qui a été pensé, créé, mis en œuvre, de façon consciente ou non, visible ou pas ".
Vous écrivez que la voyance est un art qui aide à être en contact avec le réel. Vous avez fait la part des choses entre mythes et réalité, quelles conclusions en avez-vous tirées ?
Didier Goutman : Aucun mot n'est neutre dans ce que nous avons écrit. Nous avons choisi de nous concentrer sur les différents faits de voyance; les systèmes de preuves étant les plus difficiles.
Vous soulignez très bien dans votre livre, les réticences tour à tour rationnelles, culturelles
Il y aussi la peur : peur d'être lu tout d'abord, donc d'être démasqué, peur que l'on puisse savoir ce que je cache, et peut-être surtout ce que je me cache; ce qui renvoie aux masques que nous portons tous pour nous adapter au monde et aux autres. Peur d'être influencé aussi, de ne plus être le même ; ce qui nous renvoie à l'indécision dont nous sommes tous porteurs.
L'auteur présente ainsi les conflits et les paradoxes, mais n'occulte pas pour autant la voyance comme un véritable sujet d'études et d'interrogations. Le tracé de la réflexion et de l'écriture est poussé avec délicatesse mais sans complaisance pour autant. Un sujet traité qui n'ouvre pas la porte sur aucune polémique particulière mais qui prend, page après page, la globalité de la voyance, dont chacun sait, qu'elle n'a aucune existence nulle part.
Nous terminerons notre entretien sur votre point de vue quant au nombre de voyants qui exercent en France.
Didier Goutman : Il est impossible de dire, combien de voyants exercent en France, dans le cadre d'une pratique rémunérée, ne serait-ce que parce qu'il faudrait déjà s'entendre sur le terme " voyant".
De rares études donnent des chiffres par toujours homogènes, mais il est probable qu'ils sont au moins plusieurs milliers.
Il est impossible d'évaluer le nombre de consultations correspondant, mais on peut imaginer au minima plusieurs centaines de milliers de consultations en face à face par an.
Et si c'était vrai ? est un ouvrage qui a le grand mérite de protéger les débats sur la voyance des lieux communs, des banalités ou des raccourcis pris bien souvent pour justifier à défaut d'expliquer ce que les voyants apportent " de si particulier " aux personnes qui viennent les consulter. Le souci de définir chaque terme employé est là, bien imprimé chapitre après chapitre. Les deux auteurs ont sans doute réussi le pari qu'ils s'étaient fixés : sortir la voyance de son ghetto.
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