


























Publié le 22-06-2008
Pour les hindous, au moment de la mort, l'esprit est séparé du corps. Alors que l'initié saura trouver la porte de la libération, le non-initié sera pris d'une irrésistible envie de retrouver un corps, ce qu'il fera.
A travers ce processus de réincarnation, l'être vit des expériences qui lui permettent d'apprendre et d'évoluer spirituellement. Finalement, au terme de son évolution, il cesse de renaître.
Selon le Bhagavad-Gîtâ, «L'âme incarnée rejette les vieux corps et en revêt de nouveaux, comme un homme échange un vêtement usé contre un neuf» (7). L'âme transmigre donc de vie en vie : «Car certaine la mort pour celui qui est né, et certaine la naissance pour qui est mort» (8).
La réincarnation est également présente dans le jaïnisme, autre grande religion traditionnelle de l'Inde.
Statue de Gomateshvara dans la ville de Shravanabelagola ( célèbre centre religieux du jaïnisme)
Les Hindous croient en la réincarnation, qui est un processus où l’âme prend constamment un corps physique à travers une naissance sur terre. La réincarnation est une croyance fondamentale des Hindous. Les anciennes écritures sacrées de l’Hindouisme enseignent que l’âme ou l’être immortel prend naissance, encore et encore. A travers ce processus, il a des expériences, apprend et évolue spirituellement. Finalement il cesse de renaitre.
Le mécanisme de la réincarnation dans l'hindouisme :
Pour les Hindous, le corps n'est qu'une enveloppe matérielle temporaire. Lorsque survient le moment de quitter la vie, l'âme ou l’âtman, sort du corps et peut enfin atteindre la libération ou mokshâ. Cependant, si son karman a accumulé le fruit de trop d'actes négatifs (les mauvaises actions), l'âtman s'incarne dans un nouveau corps sur une planète comme la terre (ou inférieure qui compose l'enfer), afin d'y subir le poids de ses mauvaises actions. Si son karman est positif, il ira vivre comme un dieu ou deva, sur l'une des planètes célestes (supérieures à la terre, ou paradis). Une fois épuisé son karman, l'âme retournera sur terre dans un autre corps au sein d'une caste. Ce cycle est appelé samsâra. Pour briser ce cycle perpétuel, l'hindou doit vivre de manière à ce que son karman ne soit ni négatif, ni positif, selon ce verset de la Bhagavad-Gîtâ (II.10) : « Ni les vivants, ni les morts et ni les divinités, le sage ne pleure ou pardonne. » Le yoga lui enseigne le moyen de parvenir à ce résultat, l'hindou ayant le loisir de choisir la méthode qui lui convient le mieux en fonction des écoles de philosophie indienne. Aujourd'hui, le croyant hindou, puisqu'il vit dans une époque matérialiste ou kaliyuga, préfère choisir la voie du Bhakti yoga ou de la dévotion...
Bhagavad-Gîtâ
Selon d'autres sources :
La théorie de la réincarnation date en Inde du VIe siècle av. J.-C. environ. Selon Alain Daniélou (dans "le destin du monde d'après la tradition shivaïque") cette théorie ne fait partie ni de l'ancien shivaïsme, ni du védisme. Elle aurait été incorporée à l'hindouisme tardif et proviendrait du Jaïnisme qui l'a transmis au bouddhisme puis à l'hindouisme moderne.
Selon l'hindouisme, l'être humain est un composé formé de l'Atmâ (le Soi, l'Ame) et du jivatman (le moi, l'égo...). De ces deux parties l'une est permanente, non-née, universelle : le "Soi" ; l'autre est impermanente, créée et individuelle : le "moi" ou le "soi" (avec minuscule). Pour l'hindouisme, il n'y a pas réincarnation de l'individu (le "moi") mais transmigration du "Soi". Ces deux théories : la réincarnation et la transmigration ne sont donc absolument pas synonymes car la première considère le "moi", l'individu comme permanent et la seconde affirme l'impermanence de celui-ci.
Cette théorie des deux "soi" se retrouve dans beaucoup d'autres traditions (Platon, la chrétienté, l'islam...) et cette distinction contredit la théorie de la réincarnation qui pose l'élement individuel comme permanent.
Quelques textes sur l'universalité du "Soi" :
"Il n'est qu'un Soi pour tous les êtres" Katha Upanishad
"Ce Soi en vérité est l'univers entier" Chândogya Upanishad
"Il n'est pas né et ne meurt point" Katha Upanishad
Selon Ananda Coomaraswamy (dans "La signification de la mort"), la réincarnation vient d'une incompréhension populaire de la doctrine de la transmigration et ne fais pas partie des doctrines hindous. René Guénon affirme de son coté que la réincarnation n'est pas une doctrine traditionnelle ; il la considère comme hétérodoxe (l'erreur spirite).
Dans le bouddhisme, des notions contradictoires :
Gendhun Choekyi Nyima, XIe Panchen Lama, est considéré par les bouddhistes tibétains comme la réincarnation du Xe Panchen Lama.
La réincarnation est une des caractéristiques les plus connues des thèmes du bouddhisme. Il faut cependant remarquer que le bouddhisme ne croit pas en l'existence d'une "âme" mais d'un esprit (9), (10) ; plus précisément c'est au concept hindouiste d'atman, le Soi, que le bouddhisme oppose l'idée d'anatta, le non-soi, l'impersonnalité dont il fait une caractéristique de toute chose : il n'y a pas de soi qui se réincarne mais «chaque chose est sans soi».
La pensée du plus grand nombre - qu'il s'agisse d'Occidentaux ou d'Orientaux - consiste à croire que la personnalité, le moi et ses agrégats se réincarnent. Ainsi, il est possible de dire ou de croire qu'on était dans une vie passée, un pharaon ou une prostituée, etc. Ainsi on explique certaines impressions de "déjà vu", certaines épreuves de la vie ou... le coup de foudre !
Mais le bouddhisme propose, à la place d'une âme et d'un corps, la distinction de cinq agrégats d'attachement, skandha. Agrégat décrit l'individu comme un ensemble de phénomènes différents ; attachement insiste sur le fait que ces constituants sont pris pour un être, pour un moi, et conduisent à s'attacher à cette idée d'égo, là où il n'y a que phénomènes éphémères, impersonnels et insatisfaisants : ce sont les trois caractéristiques de tout phénomène conditionné.
Bien que l'expression « réincarnation » puisse figurer dans quelques traductions, le terme le plus employé est celui de «renaissance». Il y a bien, en effet, une continuité - la mort ne signifie pas que le conditionnement cesse. Le samsâra forme ainsi un cycle de vies qui s'enchaînent les unes après les autres. La souffrance ainsi se perpétue de vie en vie ; mais selon Buddhaghosa, chaque vie ne dure, en réalité, qu'un seul instant.
Buddhaghosa maître érudit du Boudhisme therava
S'il y a donc continuité, cette dernière est interprétée différemment par les différentes écoles bouddhiques. S'il n'y a pas d'âme, où est la continuité ? Cette question de l'interprétation se manifeste clairement dans l'étude qui est faite de la coproduction conditionnée. Cet enseignement propose de détailler les différents phénomènes qui sont dépendants les uns des autres et qui font que la souffrance se perpétue de vie en vie. Le karma est responsable de cette perpétuation.
Selon certaines écoles, la renaissance est immédiate : au moment du décès correspond la conscience de mourir et succède alors une conscience de renaître. Pour le bouddhisme tibétain, la mort implique des stades intermédiaires, les bardo.
Pour le bouddhisme chinois, tel que décrit dans le roman ésotérique et picaresque "Le Voyage en Occident" (Pérégrinations vers l'Ouest) de Wu Cheng'en, l'ici-bas comme l'au-delà constituent deux formes d'illusion, d'irréalité, et même si cette vision de la réalité reste irréelle, elle aussi, c'est la seule base d'expérience que nous avons.
Cette question de deux réalités est exemplaire des différentes approches philosophiques dans le bouddhisme ; si toutes ses branches distinguent une réalité purement conventionnelle et une réalité ultime, paramartha, l'analyse qui en est faite varie singulièrement.
Serge-Christophe Kolm dans son livre Le Bonheur-liberté (PUF, 1982) distingue le niveau de croyance populaire dans lequel la réincarnation est tenue pour une réalité du monde physique, alors que les niveaux plus élevés du bouddhisme, le bouddhisme profond (pour autant qu'il n'y ait qu'un seul et unique bouddhisme profond commun à tous les bouddhistes "cultivés"), donne à ce concept seulement un sens de parabole, une façon imagée et simplifiée de définir un concept trop complexe pour être délivré aux fidèles inaptes à le comprendre. La réincarnation ne doit donc plus être considérée comme une réalité objective mais comme une transcendance spirituelle.
Quant à celui qui ne croit pas en la réincarnation, le kālāma sutta lui enseigne quatre consolations, dont voici la seconde : «Supposons qu'il n'y ait aucun au-delà et qu'il n'y ait aucun fruit, résultat, des actions faites, bonnes ou mauvaises. Pourtant, en ce monde, ici et maintenant, libre de haine, libre de méchanceté, sain et sauf, et heureux, je me maintiens».
Quelque soit l'interprétation de la « renaissance », le bouddhisme ne l'enseigne que dans un but, et l'enseignement n'a de sens que dans l'objectif de mettre un terme à la souffrance. Gautama Bouddha n'enseigna pas que l'insatisfaction, mais quatre nobles vérités, présentant l'origine de l'insatisfaction, sa cessation et la voie y menant.
Gautama Bouddha
La renaissance en tant qu'être humain se présente alors comme une belle opportunité de sortir du cycle des existences, là où les basses existences ne le permettent pas et où les dieux ne sont pas conscients de la souffrance.
Ces dernières remarques ne doivent pas masquer la divergence de points de vue entre écoles bouddhistes : si mettre un terme à la souffrance est opinion consensuelle, quelle voie faut-il privilégier ? Le courant du Bouddhisme hīnayāna privilégie l'éveil personnel, l'être devenant ainsi un Arhat et quitte le samsara pour atteindre le Nirvana, alors que les écoles Mahayana favorisent l'éveil altruiste de Bodhisattva, ce dernier restant volontairement dans le Samsara pour aider les autres à s'éveiller. Le disciple renonce donc de lui-même à l'état de Bouddha, car il sait qu'en pénètrant dans le Nirvana il quitte le cycle des renaissances dans le Samsara pour jouir de la juste rétribution que lui vaut son ascèse et ses actes. (11)
Evocation du cycle des renaissances dans le Samsara
Il faut noter que la renaissance n'est pas un "article de foi" du bouddhisme. A la différence des concepts essentiels d'Absolu (nirvāna) et d'anātman, qui sont caractéristiques du bouddhisme, le thème de la renaissance ou de la vie future peut être ignoré (ce que fait le Zen par exemple, qui se préoccupe avant tout de "l'ici et maintenant").
Références :
(7)Bhagavad-Gîtâ 11, 22
(8)Bhagavad-Gîtâ 11, 27
(9)Les boudhistes croient-ils en la réincarnation ?
(10)Brève présentation du boudhisme
(11)Cf La Voix du Silence - Traité mystique tibétain, éditions Adhyar.
La réincarnation est une des croyances centrales de l'hindouisme. Selon toute vraisemblance, c'est même de cette religion que provient l'idée de réincarnation - en tout cas en tant que doctrine organisée.
Gendhun Choekyi Nyima
