Publié le 04/02/2010
Michelle Lhôrence - Pourquoi les médias français ont-ils des difficultés à appréhender le paranormal ?
Personne ne peut le nier : les médias
ont une influence dans l’appréhension et l’avenir de la
parapsychologie. Être témoin d’un phénomène paranormal devant son
écran de télévision peut bousculer les idées reçues sur des sujets,
tels que la mort ou l’au-delà, mais informe aussi le public des
capacités des praticiens. Malheureusement la France est l'un des
pays les moins ouverts au paranormal, contrairement à la
Grande-Bretagne et aux Etats-Unis où la télévision, la radio et la
presse ont une approche sérieuse des sujets qui, par ailleurs,
nourrissent utilement les opinions de chacun.
Le
paranormal dans la culture anglo-saxonne
En Grande-Bretagne, les médiums ont une place respectable dans les médias et se produisent régulièrement dans de grandes salles; personne ne trouve surprenant qu’en semaine, comme le week-end, les réservations de places soient complètes ou que des prestations de clairvoyance soient retransmises sur les chaînes anglaises comme Living TV. On se rend chez un voyant ou un médium comme on se rend chez un médecin. Les universités ont, d'ailleurs, intégré depuis longtemps des cursus de parapsychologie pour les médecins. Les documentaires et les séries présentées à la Télévision est longuement préparée et la clairvoyance, mon domaine d'intervention, est considérée comme un travail médiumnique complémentaire à celui des historiens, des médecins, des parapsychologues voire des autorités judiciaires. Les émissions, préparées avec des experts, sont instructives même si elles présentent aussi - pour des besoins de mises en situation - un caractère parfois extra-ordinaire voire sensationnel. Quoi qu'il en soit, il est possible d'associer culture, divertissement et paranormal.

Respect
du travail, reconnaissance des praticiens
Sur les chaînes de télévision
britannique, les praticiens expliquent sans difficulté le
bien-fondé des méthodes de recherches non conventionnelles. On a
ainsi découvert Zahi Hawass, secrétaire général du conseil suprême
des Antiquités Égyptiennes, accompagné de l’historienne Tessa
Dunlop et du Médium anglais Derek Acorah sur un site archéoloqique
dans une série diffusée en France “ un médium en Égypte”. La
collaboration médium et justice- que l'on tait en France - est
aussi fréquemment abordée en Grande-Bretagne; “Psychic Detective”
en est un exemple. Il est d'ailleurs courant de voir des affaires
judiciaires présentées à un médium pour tenter d’être élucidées,
et, ce, devant le public. Enfin, les recherches en Histoire ou en
Archéologie sur divers lieux parfois présumés hantés, sont
également des travaux très appréciés; les Britanniques découvrent à
travers l'audiovisuel que les capacités médiumniques peuvent
compléter ces recherches, et qu'elles peuvent aussi être utiles
dans d'autres secteurs comme je l’ai expliqué dans une interview
sur le site Besoin de Savoir. Les médias sont parfaitement
conscients des caractéristiques de la clairvoyance : c'est une
capacité humaine où différents facteurs doivent être réunis pour
obtenir un résultat ; le contact avec le défunt est toujours une
prise de risque auprès du consultant pour qui le deuil est un sujet
délicat. Chacun sait bien que si tout cela n’est pas pris en
compte, l’expérience peut échouer, ce qui signifie une perte de
temps et d’argent. Dans ce contexte aucun praticien ne craint
d'être décrédibilisé et l’audience est au rendez-vous.
Prise en
compte du risque
Si le travail de clairvoyance est, en
toutes circonstances, délicat, les conditions d'intervention sur un
plateau de télévision le sont d'autant plus qu' une confiance
absolue avec l’équipe de tournage est primordiale. L 'environnement
des séances, les déconnexions liées à des faits extérieurs
imprévisibles, sont à prendre en compte. Lorsque je communique avec
un défunt, que je m’imprègne de la mémoire d’un lieu pour obtenir
des informations précises et contrôlées, le spectateur perçoit ce
quelque chose d’incroyable, d’extraordinaire; vous me direz,
d'autres spectateurs doivent considérer cela comme normal. Certes.
Mais la réaction émotionnelle ou le ressenti est toujours
proportionnel à la façon dont cela est filmé et diffusé auprès du
public. Si toutes les interventions peuvent évidemment divertir, le
public et les chaînes étrangères sont surtout conscients de la
valeur du travail réalisé ; ce qui n’est pas le cas nécessairement
chez nous. En France, peu de personnes pensent à la prise de risque
d'un praticien et n'ont pas conscience des enjeux d'une totale
disponibilité physique et psychique, ni de la gestion d’un éventuel
stress sur un plateau. Il s'agit essentiellement d'un
divertissement affiché comme tel, et, ce, malgré des conditions de
tournage organisé parfois par des professionnels.
Les
médias français : un constant décevant et une confusion des
genres
Même si les malintentionnés se
chargent de renvoyer une image négative de la parapsychologie, les
médias français ont une responsabilité dans l'appréhension faussée
du paranormal et des clichés nombreux et tenaces. Le caractère même
du sujet filmé revêt souvent un caractère mystérieux, parfois
sacré, mais surtout ritualisé, mis en scène volontairement pour un
public mal informé. Ces clichés, nécessaires pour l’audience,
souffrent dans leur façon d'être filmés et détournent l'attention
du public ; la médiumnité se trouve rapidement discréditée et en
rebond les propos du médium tournés en dérision.
Les demandes de sollicitations
d'interventions de praticiens en audiovisuel sont confuses. Le
surnaturel et le paranormal se côtoient fréquemment alors qu’ils ne
sont pas de la même veine, ce qui prouve l'ignorance en France : le
surnaturel aborde les phénomènes mystérieux indépendants de la
conscience humaine; la parapsychologie traite, elle, des phénomènes
issus des capacités humaines inconnues à ce jour. Combien de fois
voyons-nous ces deux sujets mêlés dans des émissions qui,
initialement, étaient destinés exclusivement à la parapsychologie,
une science humaine, à part entière, n’en déplaise à quelques
détracteurs ! Sans parler de la confusion permanente entre médium
et voyant, du cliché du médium avec sa boule de cristal devant lui,
ou encore de la fonction de nettoyeur de maison ou d’exorciste
fréquemment attribuée au médium, ce qui est un tort, car cela ne
constitue en aucun cas une généralité.
Confusion
entre communication et information
Traiter le paranormal dans les médias français n’est pas une mince affaire et on peut compter sur les doigts d'une main les reportages, les débats ou les documentaires instructifs. Chez nous, les bénéfices des activités des praticiens considérées, par ailleurs comme hors normes, sont ignorés; qu’il s’agisse d’un réalisateur, d'un producteur, d’un animateur, l’élaboration d’un projet avant une diffusion se fait souvent sans réelle connaissance de l'intervenant, des phénomènes paranormaux, ou du profil même du médium invité. La recherche qui consiste à satisfaire la curiosité à tout prix semble être le seul moyen utilisé pour faire grimper les audiences. Ceci est assez regrettable, car l’audiovisuel occupe une place importante dans la vie quotidienne. Sceptique ou non, le public étranger ou français s’oriente vers des émissions traitant de l’irrationnel parce qu’il est curieux mais aussi parce qu’il désire se faire une idée ou parce que le sujet l’intéresse vraiment. Malheureusement, il faut l'avouer, les concepts en France sont assez pauvres en idées, et la diffusion d'émissions est plus ou moins sérieuse.


Jouer sur
les peurs
Oui, l’irrationnel fait de l'audience et peut aussi effrayer. Seulement la peur est l'unique levier utilisé chez nous. Dans les séries étrangères, la frayeur est canalisée par une observation plus saine, plus distanciée. Prenons pour exemple la série “Dialogue avec les morts” ou intervient le médium Lisa Williams. Le concept audiovisuel tourne autour de sa pratique, en l’occurrence des entretiens médiumniques, mais la camera nous fait aussi partager sa vie familiale, aidant le spectateur à démystifier son rôle et à montrer à quel point un sensitif vit comme tout le monde. Malheureusement dans de nombreux reportages français, on ne se sert que des réactions apeurées ou des ambiances agitées pour faire grimper l’audience. Dans ces moments-là, la caméra se focalise essentiellement sur l’état émotionnel général ou sur l'un des participants. Il va sans dire que, lorsqu’une personnalité est présente sur le plateau ou lors d'une expérience à l'extérieur, la caméra est centrée sur elle. Le public, captivé par ses réactions, oublie complètement l'objectif initial. Les phénomènes observés et leur interprétation sont alors écourtés si ce n’est bâclés ou supprimés lors de la diffusion en raison d'un timing étroit et contrôlé. Imaginez alors une investigation médiumnique réalisée pendant trois quarts d’heure pour laquelle ne sont retenues que dix malheureuses petites minutes ! Lors de la diffusion, le public ne voit et ne retient que ce que les médias veulent bien montrer : une démonstration partiale et peu crédible de fait.
Sur les plateaux français de
télévision, il semblerait qu’on ne puisse pas non plus se passer
des opposants à la parapsychologie, comme si leur participation
représentait un label de qualité pour une émission. Si la liberté
d’expression appartient à tous, les propos des détracteurs ont
souvent plus de poids que les explications des praticiens qui
tentent de défendre la parapsychologie. Les insultes et les
moqueries sont fréquentes et le débat reste stérile. La fabrication
du succès de l'audimat repose sur des ingrédients de médiocre
qualité : une présentation succincte, un temps de parole décousu
d'une personnalité, une minute de documentaire ou de reportage, un
débat qui déclenche des conflits entre partisans du paranormal et
cartésiens, le tout saupoudré d’humour. Ne nous attendons pas, dans
de telles conditions, à une analyse scientifique et encore moins à
la présence de chercheurs sur un plateau ou durant une
investigation. Difficile pour eux de se trouver à côté d’un
chasseur de fantômes. La crainte d’entacher leur réputation ou,
pire encore, la peur d’être évincés de leur poste, sont souvent les
principaux motifs de leur absence.
Les
lacunes médiatiques
Il faut avouer que l’on tourne en
rond malgré de nouvelles approches médiatiques qui se voudraient
plus scientifiques. Mais là encore, la recherche d’une bonne
audience ne risque-t-elle pas de faire basculer un concept au
départ sérieux qui se démarquerait et qui à l’arrivée ressemblerait
aux autres ? Plus l’audience est forte, plus les sujets doivent se
renouveler. Lorsque tout est épuisé, la solution consiste à
compenser le vide soit avec des intervenants parfois peu sérieux,
soit avec des documentaires souvent vus et/ou peu crédibles. Le
renouvellement de la course à l’audience s’effectue toujours au
détriment d’une émission de qualité.
Pour ou
contre l'achat des droits à l'étranger
La France crée peu d'émissions sur le paranormal et on peut regretter l’achat systématique de droits étrangers. Certes, elles permettent d’accéder à des concepts inédits, dès lors où les pays en question ont une culture différente de la nôtre; seulement un concept étranger doit être adapté à notre culture pour y conserver toute sa force. L’acquisition d’une émission ou l'adaptation d'une série étrangère donne du renouveau, mais les lacunes existent en France dans l’élaboration des projets , l’absence d’informations sérieuses, de recherches approfondies. Les sociétés de production qui achètent des droits étrangers et les adaptent sérieusement et professionnellement sont rares. Les autres pays ont décidément beaucoup de choses à nous apprendre !
Le service audiovisuel français
est-il vraiment incapable de concevoir des séries ou des reportages
sérieux dans le domaine du paranormal sans se noyer dans du
“déjà-vu“, sans se laisser immerger dans des débats stériles, sans
se perdre dans l’exploration de lieux supposés hantés avec des
équipes d’investigations amateurs plagiant des concepts déjà connus
Outre-Atlantique ? Je voudrais garder l’espoir qu’un jour les
médias traiteront avec discernement et sans cliché le paranormal.
Qu’ils prennent conscience de jouer un rôle essentiel dans l’image
qu’ils renvoient dans ce domaine et dans l’avenir de la
parapsychologie.
Michelle Lhôrence : Intervention
médias, contacts médiumniques, également autres prestations
possibles pour particuliers et professionnels, possibilité
déplacement.Rendez-vous au 06 61 68 45 58 - Site Web officiel
- Forum

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