Publié le 21/05/2010
Nicole Dron - L'expérience de la mort imminente est-elle spirituelle ?
Depuis plus de 20 ans, Nicole Dron est conférencière. Elle fut probablement la première personne a avoir parlé de l'expérience de la mort imminente en 1978.
Elle dû faire face aux ricanements et aux moqueries; avec le temps, elle a dépassé ses propres appréhensions et résistances lorsqu'elle était invitée à la télévision ou à la radio pour témoigner. Elle a vu " les petites percées " des représentants de la médecine qui ont progressivement cherché à comprendre, puis à admettre cette expérience si particulière.
Aujourd'hui Nicole Dron a écrit son livre, 45 secondes d'éternité, aux éditions Kymzo. Entretien avec une femme sereine.
Vous dites que la dimension spirituelle de l'EMI a été souvent voilée. Pouvez-vous expliquer votre opinion ?
Nicole Dron : En 1968, lorsque j'ai vécu cette expérience, personne n'osait ni ne voulait en parler. C'était inconnu pour la science et la médecine. On considérait cela comme une psychopathologie, un phénomène hallucinatoire. Les chercheurs de tous bords voulaient trouver des causes physiques, psychologiques avant tout ( ...) on pensait souvent que nous étions ou avions été en manque d'amour dans notre enfance ( Ndlr : Comment les paroles employées avec autant de sincérité peuvent-elles ne pas dérouter les sceptiques un jour ou l'autre ? ) Et puis la science a évolué.
Vous savez, autrefois on faisait usage d'un miroir pour vérifier le souffle d'une personne : s'il n'y avait pas de buée la personne n'était pas décédée. Après il y a eu les électrocardiogrammes; lorsqu'ils étaient plats, on pensait que la personne était décédée. Il y a eu ensuite les électro-encéphalogrammes (...) les conférences et les débats donnent aujourd'hui aux gens les moyens de penser par eux-mêmes. Mais il faut aussi comprendre que cette expérience est un retournement sur soi-même (...) Cela relève d'une autre forme de reconnaissance de ce que l'on appelle la conscience. Là est tout l'enjeu. La matière et l'esprit se rejoignent inévitablement.
Vous écrivez aussi : cette expérience relève la noblesse de l'humain. Nous sommes presque aux frontières de la philosophie avec une telle pensée ?
Nicole Dron : L'expérience de mort imminente donne une autre dimension de nous-mêmes comme je le raconte. Nous dépassons aussi les limites de ce que la religion nous a transmise. Des mots comme "pécheurs, pauvres pécheurs " sont des mots qui ne sont pas faciles à entendre et encore moins à comprendre. Après une telle expérience, nous réalisons que nous ne sommes pas que cela.
Spiritualité et religion sont des mots qui se télescopent pour beaucoup de monde, mais pas dans l'esprit de Nicole Dron. C'est là que se situe son combat. Le récit de son expérience ne souffre que d'une seule chose désormais : devoir composer avec les mots pour la présenter. Les mots sont-ils pauvres ? Non, ils ont juste étaient utilisés avec abus et banalisés avec le temps, leur faisant perdre de la substance. Comment désormais décrire 45 secondes d'éternité ?

45 secondes d'éternité est le titre de votre livre. Il fait référence à votre propre expérience de mort imminente vécue en 1968. Il faut maintenant la raconter.
Nicole Dron : Trois semaines après la naissance de mon second enfant, j’ai eu une hémorragie. J’ai été opérée d’urgence et en cours d’intervention, une seconde hémorragie s’est déclarée. Mon cœur s’est arrêté de battre pendant, m’a-t-on dit par la suite, environ 45 secondes avec électrocardiogramme plat... et pendant ces 45 secondes, j’ai vécu un instant d’éternité !
Tout d’abord, je me souviens m’être trouvée à la hauteur du plafond. J’étais là avec toutes mes pensées, mes émotions, mes impressions, tout ce qui constitue mon être profond. J’ai pris conscience de tout voir à la fois mais surtout j’éprouvais un sentiment nouveau et incroyable : celui d’exister en dehors de mon corps.
C’est quelque chose de bouleversant que de se sentir vivre au-delà de soi. J’ai pris conscience que j’étais l’habitant de mon corps : lui était étendu sur la table d’opération.
L'auteur écrit : " cette expérience bouleversante m'a permis de réaliser que j'ai vécu un instant d'éternité que je ne l'oublierai jamais. Dans la sublime lumière, j'ai ri conscience que j'étais éternelle et qu'il n'y a que la vie... comme il est difficile de traduire en mots un état qui ne se prouve pas, mais qui s'éprouve !
Vous dites êtes entrée dans la Lumière, avec un L majuscule. Qu'était cette Lumière ?
Nicole Dron : Cette lumière était un océan d’amour, mais de l’amour pur, celui qui s’offre et ne demande rien; j’étais immergée dans un océan d’amour, totalement comprise, comblée et aimée tel que j’étais, si loin des soucis et des agitations de cette terre. Je n’avais plus conscience du temps et de l’espace, mais d’être et d’avoir toujours été aimé.
Dans cette plénitude et cette paix immense, j’ai compris le sens des mots : je suis (...) Mon Dieu, comment partager cette expérience ? je me suis dis. Si chacun d’entre nous pouvait vivre cela, ne serait-ce qu’un instant, il n’y aurait plus ni misère, ni violence, ni guerre sur cette planète. Le sens même de l’existence serait perçu et la beauté serait son accomplissement (...)
Dans cette lumière, j’ai vu un jeune homme resplendissant de lumière venir vers moi. Mon cœur a bondi de joie, car je reconnaissais mon frère. Lorsque j'avais 11 ans, mes parents avaient perdu un jeune enfant de sept mois. Je l'adorais, j’étais sa petite maman. Il était là, vivait et j’étais heureuse. Je me suis trouvée dans ses bras. Il était solide et moi aussi. Nous communions totalement par la pensée et les sentiments. Je lui ai dit : " Comme papa et maman seraient heureux de te voir !". Il m’a dit qu’il nous avait toujours accompagnés dans notre vie.
J’ai compris que les liens d’amour ne meurent jamais. Mais comment pouvais-je être certaine que cet être était mon frère me direz-vous ? Il y a une différence entre les traits physiques d’un bébé et ceux d’un adolescent. Pourtant je sais, avec certitude, que c’était lui; une reconnaissance d’âme à âme. ( ...)
Extrait du livre : - Comment as-tu aimé et qu’as-tu fait pour les autres ? J’ai revécu ma vie à l’envers, de mes 26 ans de l’époque jusqu’à ma naissance. Près de moi il y avait un Être de lumière, un être que notre cœur connaît. Je ne peux pas décrire le rayonnement et la force d’Amour qu’il dégageait. J’ai entendu sa voix qui semblait venir du fond de l’univers, une voix puissante et douce qui, par la force et l’amour vrai qui s’en dégagent, est capable de restaurer les forces vives d’un individu.
Cette voix m’a demandé : "Comment as-tu aimé et qu’as-tu fait pour les autres ?". J’ai senti l’exigence de la question. Simultanément, j’avais la vision d’une multitude d’êtres dont les bras étaient tendus vers le ciel et qui imploraient. Je savais que ces êtres souffraient dans leur corps ou dans leur cœur. Qu’avais-je fait pour eux ? Rien de particulier. Cette question exigeait de moi plus de fraternité, d’ouverture, de disponibilité et même de faire grandir la vie en moi et en ceux qui m’entourent, de la rendre plus ardente, plus libre. Elle exigeait de moi une croissance, une extraction du meilleur de moi-même afin que ma transformation et mon accomplissement puissent aider l’autre à s’accomplir lui-même.
Et je sentais l’humanité comme un seul être dont tous les membres étaient interdépendants pour leur progrès et leur survie. Je m’éveillais à une responsabilité toute neuve. La compréhension de ces deux petites questions si simples en apparence, ne cesse de s’approfondir avec le temps.
Vous souhaitez qu'aujourd'hui la recherche sur la conscience n'en reste pas au niveau expérimental et aborde vraiment le qualitatif, le Sacré. Pourquoi autant d'insistance ?
Nicole Dron : Nous sommes à la croisée des chemins. Les portes s'ouvrent aujourd'hui de plus en plus. Les conférences, qu'elles soient faites en présence de médecins canadiens, américains ou français nous le prouvent. Ils ont toujours ce langage rigoureux, mais optent pour un langage plus d'ouvert aujourd'hui (...)
L'EMI serait plus crédible aux yeux du grand public si elle était officiellement reconnue par la médecine.
Une citation d'Elisabeth Kübler Ross démarre un chapitre du livre de Nicole Dron : " les personnes les plus formidables sont celles qui ont connu l'échec, la souffrance, le combat intérieur, la perte et qui ont su surmonter leur détresse. Ces personnes ont une sensibilité, une compréhension de la vie qui les remplit de compassion, de douceur et d'amour. La bonté ne vient jamais de nulle part". Elisabeth Kübler Ross est, une psychiatre et psychologue américaine, qualifiée par certains de pionnière de l'approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie et de l'accompagnement aux mourants. Elle a accompagné des milliers de personnes en fin de vie, a étudié les différents stades par lesquels passe une personne lorsqu'elle apprend qu'elle va mourir et également le phénomène des expériences de mort imminente (appelé en anglais NDE : Near Death Experience) et du « tunnel de lumière ».

Vous citez Elisabeth Kübler Ross. Pensez-vous que l'apprentissage de l'homme doit se faire dans la douleur pour qu'il devienne " meilleur " par la suite ?
Nicole Dron : Non, je ne le pense pas. C'est vrai que l'on peut avoir besoin d'un grand coup de pied dans le derrière pour avancer parfois. Mais lorsque l'on a cette sensibilité, on peut voir un beau coucher de soleil et s'interroger sur la vie et sur la mort.
Quelles sont les interrogations des personnes qui assistent à vos conférences ?
cole Dron : Le sujet de la mort bien sûr, puisqu'il s'agit d'aider les personnes en deuil, et ce que j'explique par mon expérience fait résonance auprès des gens : il y a une vie après la mort.
Le livre de Nicole Dron, 45 secondes d'éternité, aux éditions Kymzo, diront certains est un témoignage sur l'expérience de la mort imminente. C'est juste. Après tout, témoigner signifie bien révéler et montrer en paroles, ce que l'on a vécu. D'ailleurs, l'auteur le fait depuis de nombreuses années, avec optimisme.
L'EMI est une grâce dit-elle; comme un petit cadeau du ciel. Et si ce livre était aussi une reconquête ? Une reconquête de quelque chose de plus subtile que l'on appelle la spiritualité. La pleine conscience de cette spiritualité qui dépasse l'intellect et l'intuition. Comme la confirmation d'une vérité, d'une valeur inestimable : il existe quelque chose après la mort.
Des écrits, certains l'auront compris, que seule une personne ayant acquis de l'expérience et de la sagesse sur le sujet de l'expérience de la mort imminente pouvait écrire.
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