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Publié le 07/08/2011

Joachim Soulières - La voyance

Joachim Soulières - La voyance

Une fois n'est pas coutume. Après avoir lu le livre ''La voyance'' publié aux éditions Dervy, (coll. Sud Radio - Les Aventuriers de l'étrange) - nous avons interrogé par écrit l'auteur, Joachim Soulières.

Psychologue de 35 ans, diplômé de l'Université de Montréal, il travaille en France comme clinicien avec des adolescents et des adultes. Il s'intéresse, a-t-il précisé, au paranormal depuis longtemps mais uniquement en tant qu'observateur indépendant, intrigué par des recherches méconnues sur des expériences largement partagées.

Vous écrivez : " le livre est une introduction moderne sur un sujet mal débattu, la voyance ". Quelles en sont les causes ? Quel est ou devrait être le rôle des médias sur ce sujet ? Où réside la confusion selon vous ?

Joachim Soulières : Tout le monde pense savoir ce qu'est la voyance, encouragé par les médias qui n'hésitent pas à diffuser les clichés de la diseuse de bonne aventure derrière sa boule de cristal. Il est difficile de débattre un sujet aussi enfoui sous ses représentations naïves.

Tout un travail est nécessaire pour extraire différents angles d'approche de la voyance, chacun rencontrant ses propres difficultés.

Un premier niveau serait le marché de la voyance, où la cupidité l'emporte. Même les voyants honnêtes n'arrivent pas à faire le ménage, par exemple avec un code de déontologie professionnelle. Il leur faudrait l'appui des pouvoirs publics, alors que ces derniers sortent tout juste d'une législation archaïque condamnant a priori toute activité de divination ou d'interprétation des songes.

Vous êtes psychologue de formation, qu'est-ce qui sépare ou rassemble les pratiques des voyants de celles des psychologues aujourd'hui, du moins dans ce que l'on pourrait appeler la relation avec un client, qu'il soit patient (terme employé dans le monde médical) ou consultant (terme employé dans la voyance) ?
 
Joachim Soulières : L'idée que le voyant use de psychologie dans sa pratique, c'est un cliché à double entrée. D'abord, l'étude des relations entre individus montrent que de nombreuses informations subtiles sont communiquées involontairement (dans le discours ou par le corps) dans tout échange. Il est inévitable que cela se passe lors d'une consultation de voyance ou d'une psychothérapie.

Il y a aussi de multiples manières de manipuler un échange de façon à glaner des informations sur l'interlocuteur (« lecture froide ») ou pour persuader l'autre que ce que l'on dit relève bien de la voyance ou d'un savoir extraordinaire.

Le psychologue ou simplement le scientifique réduira facilement les consultations de voyance à ces mécanismes de manipulation de l'esprit, ajoutés à une emprise psychothérapeutique expliquant l'adhésion parfois toxicomaniaque des consultants.

Néanmoins, y aurait-il de vrais voyants qui débordent ce cliché ?

Joachim Soulières : Des voyants qui se méfient de ces informations parasites transmises durant l'échange pour ne proposer au consultant que ce qui dépasse l'ici-et-maintenant ? Il est clair que nous sommes tous convaincus de savoir quand les paroles du voyant ne sont pas déduites de ce qui est inscrit sur notre front.

On peut toujours se faire tromper, mais le cliché habituel du voyant qui joue au psy ou au « mentaliste » a aussi pour effet de nous rendre davantage méfiants.

Ainsi, il y a des voyants qui copient le psy et des consultants qui en redemandent ; d'autres qui prétendent lutter contre cette tendance car, dans la consultation de voyance, il s'agirait justement d'un travail plus ponctuel sur un matériel inatteignable autrement.

Il y a évidemment une demande d'écoute dans notre société à laquelle les seuls psychologues ne suffisent pas à répondre. Donc certaines personnes, pour un même motif, pousseront la porte d'un psy ou d'un voyant, créant une concurrence insolite entre ces deux pratiques.

Certains abusent de cette situation avec des réseaux d'appels surtaxés pour des pseudo-consultations ou une voyance en ligne effectuée par des robots. Mais c'est au libre choix du voyant de concevoir et d'orienter sa pratique comme bien distincte de celle du psychologue.
 
Vous êtes d'origine québécoise, la France a-t-elle du retard par rapport à d'autres pays sur le sujet de la voyance ?
 
Joachim Soulières : Il est étrange de voir que la France était à la pointe de la recherche au début du XXe siècle, alors qu'aujourd'hui elle est véritablement en retard au niveau de la reconnaissance du domaine, surtout par rapport à des pays comme l'Angleterre où douze universités proposent des cours sur la parapsychologie ou la psychologie du paranormal. Mais la situation fluctue un peu partout, avec une grande instabilité.

Au Québec aussi, il y a eu des cours de parapsychologie dans plusieurs universités à partir des années 1980, et même dans les CEGEP (des lycées préparant à l'université pour les 17-19 ans), mais cela s'est essoufflé.

Pourquoi un tel retard ?

Cela reste une énigme tant il y a de facteurs en jeu. Bertrand Méheust a pourtant donné des pistes dans sa thèse de sociologie, Somnambulisme et médiumnité, plongeant dans l'histoire de la pensée française depuis la fin du XVIIIe siècle.

L'histoire de France est riche d'événements historiques où les élites se sont divisés au sujet de la voyance, et de ces accrochages ont finalement découlé un rejet mal justifié et une réécriture de l'histoire selon « le discours du vainqueur ».

La voyance bannie des hautes sphères a ensuite été récupérée par des profiteurs de bas étage, renforçant ainsi le discours de ceux qui ne réduisent la voyance qu'à une forme de superstition populaire.

En France, il reste quelques irréductibles qui suivent les avancées des recherches scientifiques à l'étranger, comme à l'Institut Métapsychique International. Mais ils ne peuvent pas faire beaucoup plus car il est quasiment impossible de faire carrière en France avec un tel intérêt. C'est un retard scientifique, mais qui s'en soucie ?

La France est - pourrait-on dire - en avance dans sa fascination pour le paranormal avec des croyances largement diffusées et des médias qui raffolent de cette source intarissable de sensationnel.

La voyance de Joachim Soulières - Dervy - Collection « Les aventuriers de l'étrange » dirigée par Louis Benhedi 

Un long chapitre de votre livre relate un échange entre Louis Benhedi, ancien animateur de l'émission "Les aventuriers de l'étrange" consacrée à l'étude des phénomènes paranormaux sur Sud Radio,  et la voyante Maud Kristen. Pourquoi avoir choisi cette personne ?
 
Joachim Soulières : Maud Kristen est une voyante à part dans le paysage français et même international. C'est une des rares à avoir un vrai regard scientifique et anthropologique sur sa pratique, à mener des recherches ou à s'y prêter en tant que sujet d'expérience, avec des parapsychologues ou des sceptiques.

Elle a déjà fait part de ses réflexions et de son auto-analyse dans plusieurs ouvrages. Ce n'est pas de l'opportunisme, mais vraisemblablement une véritable curiosité avec un besoin de comprendre et de normaliser ce phénomène. Et puis elle semble être une voyante authentique, pas réductible au cliché du voyant-psy, si l'on suit certaines expérimentations auxquelles elle a participé et le succès qu'elle rencontre dans sa pratique professionnelle.

L'intégrer dans le livre a permis d'offrir une place pour une voix qu'on entend peu, celle du praticien de la voyance avec une déontologie et qui ne se contente pas de faire sa publicité. Je n'en connais malheureusement pas beaucoup d'autres dans son genre.

Pour le lecteur, cela permet de suivre pas à pas le parcours d'une vocation née à l'enfance et qui n'est pas intégrée dans notre culture comme elle l'est dans d'autres. Au milieu des témoignages spontanés et de la synthèse des recherches scientifiques, cet échange avec Maud me semble être à sa juste place.

Vous avez pris le soin d'établir un argumentaire sur ce que n'est pas la voyance ; en rebond, pourriez-vous éclairer les internautes sur ce que pourrait être un « bon ou un mauvais » voyant (si les termes sont des jugements de valeur, parlons alors de voyant efficace ou non) ?
 
Joachim Soulières : Je vais rebondir à nouveau en tentant de vous éclairer sur ce qu'est un « bon » ou un « mauvais » consultant. Je n'ai en effet aucune autorité me permettant de résoudre l'épineux problème d'introduire des critères de bonnes pratiques divinatoires alors qu'il n'y aucun moyen actuellement de les appliquer.

En revanche, une personne qui souhaite consulter est seule maîtresse de sa démarche, du moins au départ. Elle peut se questionner sur ce qui, au fond d'elle, l'intrigue, au-delà des questions d'usages sur la vie professionnelle ou les couples en ballotage.

Est-ce qu'un voyant est le mieux placé pour régler ses difficultés ?

Quelle usage pourrait-elle faire de l'information fournie par le voyant alors qu'elle est déjà engagée dans une réflexion rationnelle ? Est-elle prête à accepter un avis contraire à ses aspirations ou ne vient-elle que pour se payer une « prostitué de la parole » qui lui glissera gentiment les mots qu'elle désirait entendre ?

Il faut que le consultant se prépare, en lisant quelques livres - et pourquoi pas des livres critiques - sur le déroulement des séances avec des voyants reconnus et les techniques utilisées par les pseudo-voyants (mais aussi par les voyants en panne).

On peut leur dire : n'entrez pas dans le jeu consistant à parler de vous, ne fournissez pas d'informations personnelles réutilisables pour vous piéger. Vous pouvez avoir un contact amical, mais c'est le voyant qui doit vous dire des choses, donc ne le laisser pas vous tirer simplement les vers du nez.

Accueillez calmement les affirmations du voyant, avec une certaine neutralité, des « oui » des « non » sobres. Maud Kristen a par exemple l'habitude de travailler sur une photo de la personne en sa présence, pour ne pas avoir à la regarder et à être déstabilisée par ses réactions.

Sachez vous distancer en analysant en votre for intérieur si l'affirmation du voyant est vraiment spécifique à vous ou si elle s'appliquerait aussi bien à un grand nombre de personnes ayant votre allure. Et, de manière évidente, fuyez tous ceux qui font rapidement grimper la facture, vendent des produits dérivés, promettent de vous désensorceler ou bien de vous maudire...
 
La fin de votre livre souligne le fait que « voyance ne rime pas toujours avec pathologie ou arnaque » et que pour cela il faut poursuivre les études scientifiques et en rebond en parler. Quelle est celle qui vous semble la plus pertinente aujourd'hui, s'agissant de la voyance ?
 
Joachim Soulières : J'explore plusieurs protocoles dans le livre mais aucun n'a particulièrement ma faveur. C'est qu'ils sont tous en développement, à partir de méthodologies différentes, sans prouver ni expliquer complètement le phénomène pris isolément. Chacun apporte une touche qui modifie la vision de ce que devient la voyance une fois passée sous les fourches caudines de la science.

Le protocole Ganzfeld montre avec quelle facilité une perception intuitive émerge lorsqu'une personne est placée dans certaines dispositions de conscience. Le Remote Viewing découpe le phénomène de voyance en explorant les confins de la perception, avec l'idée d'une amélioration possible de notre capacité à trier imagination et voyance véritable.

Le protocole Pressentiment ramène la voyance à son aspect le plus corporel et inconscient, à la forme primitive d'une réaction biologique à un danger futur. Le protocole des Corrélations dyadiques pourfend la vieille idée de la nécessité d'un lien affectif spécial, en remettant la situation expérimentale au cœur du problème et en rapprochant la voyance d'un phénomène de non-localité au niveau macroscopique. Et j'oublie encore d'autres recherches très stimulantes comme celles de Sheldrake sur la sensation d'être observé et les sensibilités des animaux...

D'une manière générale, si la science récupère le phénomène de voyance, cela ne fera pas que des heureux. Autant ceux qui sont accrochés à son impossibilité que ceux qui revendiquent une maîtrise de leur don surnaturel devront revoir leur modèle de la réalité. Mais je ne perçois que la voie de la science pour progresser collectivement - même si chacun est libre d'ajuster sa compréhension de la voyance à son vécu propre.
 
Vous avez également écrit un autre livre sur les poltergeists et les maisons hantées, quel a été votre principal étonnement sur ce sujet d'étude ?
 
Joachim Soulières : Mon étonnement se situait dans le décalage entre une expérience rapportée par beaucoup de personnes, dans toutes les cultures et à toutes les époques, les différentes représentations du phénomène et les travaux scientifiques quasiment ignorés à ce sujet.

Là aussi, les préjugés ont la belle vie. Je m'étonne toujours du parcours du combattant que doit potentiellement accomplir quelqu'un qui se trouve pris contre son gré dans une situation de hantise pour obtenir une aide qui ne soit pas farfelue.

J'ai aussi eu une grande joie en découvrant les méthodes innovantes mises au point pour investiguer scientifiquement des « fantômes » qui ont tendance à fuir les laboratoires...

Un second niveau est constitué par les personnes qui pensent vivre des expériences de voyance. Ces expériences exceptionnelles sont souvent très chargées affectivement et parfois perturbantes. Il est généralement difficile de trouver quelqu'un à qui en parler car ces expériences et l'ensemble du champ du paranormal restent bloqués aux marges de nos sociétés.

La voyance stationne du côté du tabou, du secret, de l'autocensure, car ceux qui en parlent passent pour des idiots ou des fous.

Certains se tourneront vers l'approche scientifique de la voyance, ou parapsychologie. Mais les médias explorent rarement ce versant austère et compliqué du phénomène. Les parapsychologues ont déjà si peu les moyens de conduire leurs recherches qu'ils ne peuvent pas consacrer plus de ressources à expliquer au tout-venant leur légitimité et les résultats de leurs travaux.

Bref, la voyance serait un phénomène collectif, individuel mais aussi un objet d'étude scientifique. S'agit-il à chaque fois de la même chose ? Dans le livre, j'essaye d'aborder tous ces niveaux de front mais entre ce qu'une personne va vivre et ce qu'un scientifique pourra en dire, ou entre la voyance en cabinet et celle en laboratoire, il y a des écarts importants.

Voyance sur besoindesavoir.com

Commentaires

Michelle Lhôrence
Michelle Lhôrence
Le 10-05-2010 à 16h59
Très justement dit, la France est fascinée par le paranormal mais malgré tout bien en retard par manque aussi d'informations. La conclusion me plait, le parcours du combattant qui se trouve pris contre son gré dans une situation de hantise pour obtenir une aide qui ne soit pas farfelue !!! Farfelues vous avez dit ? oui il y en a et les gens tombent dedans malheureusement. Une bonne mise au point dans l'ensemble de Joachim Soulières, je vais lire le livre. Vu la tournure je ne crains pas d'être déçue !!!
jurassien
jurassien
Le 11-05-2010 à 09h36

Bonjour, il est important de noter que l'étude des relations entre individus montrent que de nombreuses informations subtiles sont communiquées involontairement, dans le discours ou par le corps, dans tout échange. Il est inévitable que cela se passe lors d'une consultation de voyance ou d'une psychothérapie.

C’est ce qu’on appelle la communication non verbale, en pyscho sociale ou en ethologie par exemple. Pendant un entretien d'embauche, ou une discussion ce n'est pas seulement ce que vous racontez qui est important... Nos gestes et vos attitudes complètent le message verbal ,et ce que nous le vouliosn ou non. Bonne Journée

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