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Publié le 04/12/2008

Magnétisme, hypnose, voyance et spiritisme au XVIIIIème siècle

Magnétisme, hypnose, voyance et spiritisme au XVIIIIème siècle

En cette moitié du dix neuvième siècle, les moyens d’information se multipliaient et le grand public était séduit par les histoires fantastiques dont « les médias » de l’époque se faisaient l’écho.

Mais les commentaires qui accompagnaient les descriptions des faits étaient le plus souvent tendancieux. Ils privilégiaient des explications dans lesquelles se confondaient le magnétisme humain, les pouvoirs de l’hypnose qu’on appelait encore somnambulisme, et la présence active d’humains désincarnés agissant depuis l’au-delà. 

En France, des intérêts puissants avaient obtenu la condamnation des séances de magnétisme dans la totale ignorance des découvertes du docteur Mesmer. Dès 1840 l’Académie de médecine de Paris avait interdit l’usage du magnétisme aux médecins, décrétant que « c’était vouer au  charlatanisme  tous ceux qui croyaient à cette pratique. »

L’Eglise était assez embarrassée car de nombreux prêtres étaient devenus magnétiseurs et obtenaient des résultats irréfutables. L’éminent et célèbre dominicain Lacordaire utilisa son talent d’orateur pour déclarer en chaire à Notre-Dame : « Le magnétisme est un dernier rayon de la puissance adamique destiné à confondre la raison humaine et à l’humilier devant Dieu. » Le Saint-Office multiplia ses enquêtes et qualifia le magnétisme de « pouvoir diabolique entraînant hors des chemins de la morale. »

Plus tard le pape Benoît XV approuvera un livre intitulé « Le Monde invisible ou le spiritisme en face de la théologie catholique. » (1) L’auteur de cet ouvrage, le cardinal Lépicier, y dénonce les suggestions qui caractérisent le sommeil hypnotique. Il précise que si l’on s’adonne à ces pratiques ce ne peut être « que dans un but délibérément mauvais et avec l’intention d’éluder les lois de l’ordre moral, ce qui ne peut se justifier en aucune circonstance. »

Malgré ces condamnations, bon nombre de médecins et de « magnétiseurs » poursuivent travaux et recherches… et le grand public est de plus en plus sensibilisé. Il souhaite en savoir davantage et s’informe comme il peut. Parmi ses sources, il a dès 1830 un livre du docteur allemand Kerner : « La voyante de Prevorst. »

Frédérique Hauffe : La voyante de Prevorst-Justinus Andreas Christian Kerner (1786-1862)

L’auteur cite et décrit les séances de « somnambulisme » qui permettaient à Frédérique Hauffe de voir des fantômes et de savoir à l’avance qui allait bientôt mourir. La plupart de ces prédictions minutieusement contrôlées se réalisaient. Elles identifiaient aussi des métaux cachés dans des boîtes fermées. Ces expériences intriguèrent  des savants qui soupçonnèrent la présence d’une force inconnue dans la matière. Tous ces résultats, que la science de cette époque ne pouvait pas comprendre, furent souvent attribués à l’intervention des esprits.

Les amalgames les plus grotesques furent dispensés à tous ceux, de plus en plus nombreux, qui s’intéressaient à ces phénomènes. Malgré ses qualités et ses applications thérapeutiques, le magnétisme ne fut considéré que pour sa partie la plus spectaculaire, « le somnambulisme ».

En 1843, le docteur Braid rejeta ce mot peu valorisant pour le remplacer par « hypnose », du nom d’un dieu grec « Hypnos » qui avait la réputation d’endormir ses adversaires.

 

      Portrait du Docteur James Braid (1795-1860) 

Le fait que ce sommeil hypnotique déclenche des facultés spectaculaires le rendirent rapidement populaire, qu’il soit authentique ou simulé. Parmi ces facultés citons l’insensibilisation à la douleur, qualité utilisé par de nombreux chirurgiens jusqu’à la découverte du chloroforme. Mais citons principalement les possibilités de prédictions qui, une fois de plus, ne pouvaient être expliquées que par l’intervention des esprits.

Les arts divinatoires entraient ainsi dans la future doctrine qui allait devenir le spiritisme par la mise au premier plan des médiums. Encore actuellement le mot « médium » désigne pour beaucoup de personnes celui ou celle qui est en contact avec les esprits, ce qui a créé des confusions quant à la signification réelle de ce mot.

Le médium transmet une information sur des événements qui se situent hors du temps présent. Il est « au milieu », comme en musique entre le grave et l’aigu. D’un côté il y a ceux à qui l’information est transmise et de l’autre, les sources de cette information. Pour les témoins du dix-neuvième siècle, elles ne pouvaient être que des esprits, seuls capables de connaître le passé et l’avenir. Aujourd’hui d’autres hypothèses soutenues par les progrès de la science et notamment de la physique, sont venues s’ajouter à la possibilité de contacts provoqués avec des personnes décédées.

Charly Samson

Référence : Editions Desclée de Brouwer, Paris et Bruges, 1931

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